kids beast

Les liens entre intelligence et génétique animent les discussions et les études des chercheurs depuis près de deux siècles, depuis l’émergence des sciences de l’hérédité. L’intelligence est-elle seulement une affaire de génétique ? Les enfants surdoués disposent-ils de gènes spécifiques liés à un QI plus élevé qu’un autre ? Le QI et la réussite scolaire sont-ils pour autant révélateurs qu’un enfant est surdoué ou non ? Les réponses restent encore controversées et discutées. De telles affirmations pourraient bien bouleverser le principe même de l’égalité des chances, mais également l’éthique et la condition de l’être humain.

 

En 1869, dans son ouvrage Hereditary Genius, Francis Galton, un anthropologue britannique était persuadé que l’intelligence et le génie d’une personne étaient héréditaires. Les sciences de l’hérédité et de la génétique n’étaient jusqu’alors qu’à leurs prémices. Depuis, foule d’études ont été réalisées… pour foule de conclusions aussi différentes et contradictoires les unes que les autres. Les recherches sont devenues beaucoup plus précises avec l’aboutissement du projet de séquençage humain au début des années 2000. Celui-ci a permis d’en savoir davantage sur les gènes qui composent chaque être humain et également de mieux comprendre les maladies génétiques. Et de trouver le gène spécifique lié au génie d’un individu ou d’un enfant surdoué ? Pour l’instant celui-ci reste bien dissimulé. La Beijing Genomics Institute (BGI) mène actuellement des recherches poussées quant à cette question en se penchant sur l’analyse du génome des surdoués. Comment ? En analysant le génotype de près de 2 000 personnes et en les comparant avec un autre groupe de personnes à l’intelligence moyenne dont le QI oscille autour de 100.

 

Le QI influencé par les gènes, mais pas que

Car un enfant surdoué dépasserait les 140 de quotient intellectuel, ce qui représenterait 0,4% d’une population. En plus de ces aptitudes élevées, il détiendrait également des capacités créatives et mentales (détermination, motivation…) au-dessus de la normale. Ces trois caractéristiques combinées seraient les principaux traits qui déterminent la surdouance ou non d’un enfant. Selon Jacques Bénesteau, l’héritabilité de l’intelligence s’élève à 70%, le QI est influencé par les gènes, mais pas que. Car l’environnement et les facteurs non génétiques sont également primordiaux. L’éducation, le travail et les traits de caractères de l’enfant également. Il n’est pas rare de voir des enfants surdoués échouer à l’école car le cadre et le système scolaire ne leurs sont pas adaptés. Mais des études sur des jumeaux monozygotes séparés à la naissance prouvent qu’il existe bel et bien une base génétique quant à l’intelligence. Pour autant, malgré de nombreuses recherches, aucun gène spécifique n’a été décelé.

 

Du fantasme… au danger ?

Les chercheurs de la BGI espèrent prouver le contraire et trouver la séquence de nucléotides, un constituant élémentaire, entre autres, de l’ADN qui diffèrent entre les surdoués et les autres personnes. Ces recherches posent néanmoins des questions éthiques et idéologiques quant à la nature même de l’être humain. D’abord, que représente le QI en lui-même ? Il ne mesure que l’intelligence et oublie d’autres facteurs –qui relèvent également de l’intelligence- comme la motivation, la perception des émotions, l’apprentissage des connaissances, l’ouverture sur le monde, la culture… Il n’en reste que la recherche du génotype idéal fait encore partie des fantasmes. Et si, après de telles découvertes, le patrimoine génétique serait contrôlé dès la naissance ? Le film de science-fiction «Bienvenue à Gattaca» pourrait ainsi devenir (science-)réalité. Dans ce film, les enfants nés de façon «naturelle» sont discriminés à l’embauche, ce au profit d’enfants «parfaits» nés «in vitro» relevant de caractéristiques choisies avant la naissance. Les postes les plus élitistes étant réservés à la première catégorie… Une banque de sperme de prix Nobel existe déjà aux Etats-Unis, preuve que l’idée n’est pas si incongrue. Finalement, la question sur l’intelligence, la génétique et l’héritabilité devrait peut-être prise en sens inverse : et s’il fallait réfléchir de la même façon que l’anthropologue canadien Bernard Arcand, «ce n’est (peut-être) pas l’intelligence qui nous distingue, mais la bêtise» ?