marvel

2018 marquera officiellement le dixième anniversaire de l’Univers Cinématographique Marvel, célébré avec la sortie du troisième volet des Avengers, Infinity War, qui verra enfin apparaitre Thanos, le redoutable ennemi dont on nous annonce la venue depuis la conclusion du premier film en 2012. Infinity War sera suivi en 2019 d’un quatrième film Avengers qui viendra enfin conclure la phase 3 de cet univers. La nouveauté de ces deux derniers volets tient du fait qu’ils représentent un nouveau point culminant : la quasi-totalité des personnages de l’univers y seront présents – les Avengers vont enfin rencontrer les Gardiens de la Galaxie – et beaucoup d’intrigues arriveront à leur terme – on pense notamment à Thanos et les pierres d’infinité – tout comme les contrats de certains acteurs. D’ici 2019 et la conclusion de cette épopée, l’univers Marvel comptera 22 films.

 

22 films en 11 ans. Du jamais vu dans l’histoire du Cinéma et quelque chose qu’on ne reverra pas de sitôt. 22 films faisant partie d’un univers cohérent aux intrigues entremêlées dont les recettes accumulées se chiffreront à près de 15 milliards de dollars. En dehors de son succès public, c’est aussi le succès critique qui impressionne, la grande majorité des films jouissant de critiques positives, faisant du logo Marvel Studios un gage de qualité. Ce n’est plus à prouver, le film de super-héros est le genre dominant de ces 15 dernières années et, n’en déplaisent à ses détracteurs, il a encore quelques belles années devant lui.

 

Big things have small beginnings

Pour comprendre comment Marvel en est arrivé là, il faut remonter dans les années 90 et une période de grande difficulté financière pour le géant des comics. Quand Marvel commence à vendre les droits d’adaptation cinématographique de ses héros aux plus offrants, ils n’imaginent pas un seul instant l’effet domino qui les rendra maitres du monde du divertissement.

Les héros sont éparpillés entre les différents studios hollywoodiens, rendant alors impossible leurs fréquentes rencontres auxquelles les lecteurs de comics sont si habitués. Le terme « crossover » est encore inconnu du grand public et pour cause : même chez Warner Bros., qui adapte les super-héros de la concurrence DC Comics, on n’a jamais vu Batman rencontrer Superman en 18 ans et 8 films. Et ce n’est pas prêt d’arriver dans les années 90 : la franchise Superman est morte et enterrée depuis 1987 et Batman s’écrase à son tour en 1997 avec le tristement célèbre Batman & Robin. Les fans du Chevalier Noir ne le savent pas encore, mais c’était un mal pour un bien. Du côté de Marvel, on ne relèvera même pas les pauvres adaptations rapidement oubliées de Captain America ou du Punisher avec Dolph Lundgren, un film dont seuls les spectateurs de la chaîne RTL9 peuvent se souvenir en France.

Le film de super-héros pourrait sembler mort avec la chute des deux géants de chez DC mais, discrètement, Marvel se lance sur le grand écran dès l’année suivante. Lorsque l’on s’extasiera devant Black Panther en tant que premier super-héros noir tenant le haut de l’affiche, on aura 20 ans de retard, car celui qui a lancé Marvel au cinéma est un personnage mi-homme mi-vampire appelé Blade, interprété par un Wesley Snipes alors au sommet de sa popularité. Si le succès reste modeste, il faut aussi se souvenir qu’il s’agissait d’un film violent et gore qui n’était pas adressé à un large public. Non, Deadpool et Logan n’ont pas inventé le film de super-héros interdit aux moins de 12 ans (moins de 16 outre-atlantique). D’ailleurs, parlons-en des mutants : fleurons des comics Marvel, les X-Men débarquent en 2000 et montrent que la technologie a assez évolué pour retranscrire différents pouvoirs et assurer le grand spectacle. Sam Raimi vient transformer l’essai deux ans plus tard avec Spider-Man, qui bat des records et lance définitivement le genre vers des sommets qu’on avait oubliés depuis la Batmania de 1989. Les années qui suivent voient des réussites dans les suites de Blade, X-Men et Spider-Man, dont les réalisateurs semblent apporter une réelle vision.

On se rendra compte avec les troisièmes volets que les leçons de Batman et Superman n’ont pas été apprises et que les grands studios gâchent eux-mêmes le potentiel de leurs franchises avec des décisions commerciales plutôt qu’artistiques. C’est toujours la même histoire. Chez Warner/DC, on fait encore pire : on tue Catwoman une deuxième fois avec l’horreur cinématographique éponyme dont on se demande encore comment le projet a pu voir le jour. Les producteurs ne sont pas des lecteurs de comics, ils ne comprennent pas les personnages et sans la vision de réalisateurs fans de la source, cela aurait pu être bien pire. Etonnamment, Warner/DC ose le pari de donner carte blanche à Christopher Nolan pour ressusciter le Chevalier Noir. En 2005, Batman Begins ravit les fans et les critiques, mais les recettes restent modestes, tout comme Superman Returns l’année suivante. 20th Century Fox et Marvel ratent le coche avec X-Men 3. Sony et Marvel se plantent artistiquement avec Spider-Man 3. Bien que les films restent rentables, on commence à sentir un essoufflement en termes de qualité. Puis vint 2008.

 

« I am Iron Man »

L’année 2008 restera une année de référence pour les films de super-héros car deux films vont changer la donne : The Dark Knight de Christopher Nolan et Iron Man de Jon Favreau. Dans sa suite à Batman Begins, Nolan offre un film sombre d’une intensité dramatique rarement atteinte dans le genre avec une performance d’acteur récompensée aux Oscars à titre posthume pour Heath Ledger et son interprétation du Joker. Plus gros succès de l’année 2008, The Dark Knight dépasse le milliard de dollars de recettes, du jamais vu jusqu’à présent chez les super-héros. Le film transcende le genre et les critiques sont unanimes. L’engouement est tel que l’Académie des Oscars se verra très critiquée devant la non-nomination du film dans la catégorie Meilleur Film. L’année suivante, cette catégorie passe de cinq à neuf nominés pour y représenter un plus large éventail de films. Christopher Nolan vient de prouver qu’on pouvait réaliser un chef d’oeuvre avec Batman dans le rôle principal.

Si Warner/DC semblent être les grands gagnants cette année-là, c’est en réalité Marvel qui l’emporte avec le succès surprise d’Iron Man. Si les recettes n’égalent pas celles de Batman et qu’il n’a pas la même portée artistique, le film séduit les spectateurs du monde entier, porté par le charisme de son acteur principal qu’on ne distingue même pas du personnage qu’il interprète. Robert Downey Jr/Tony Stark lance l’univers Marvel avec charme, humour et insolence, une attitude qui deviendra la marque de fabrique d’un nouveau studio qui, un film après l’autre va se mesurer aux plus grands avant de devenir assez impressionnant pour se faire acheter par Disney, bien décidés à ne pas passer à côté d’un phénomène qui remplira le coffre de Picsou pour les années à venir. Tout ceci grâce à un héros inconnu du grand public un an auparavant.

Iron Man est le premier film de Marvel Studios. L’entreprise ayant récupéré peu à peu les droits cinématographiques de certains de leurs héros, ils se sont rendu compte qu’ils avaient là une belle équipe qu’ils pouvaient adapter eux-mêmes et fidèlement, sans intrusions de la part de producteurs extérieurs. Marvel Studios débute également leur méthode du « cliffhanger » d’après générique.

Dès le premier film, ils se permettent de rêver à un univers plus vaste, avec l’apparition post générique du personnage de Nick Fury annonçant à Tony Stark, et aux spectateurs, qu’il n’est pas le seul super-héros et balance déjà le mot magique « Avengers ». Cette petite scène de 45 secondes fait l’effet d’une bombe : intrigante pour les spectateurs qui viennent de découvrir Tony Stark et jouissante pour toute la communauté de fans de comics qui n’imaginent même pas qu’ils sont partis pour dix années d’aventures dans la plus pure tradition Marvel. L’Incroyable Hulk, Iron Man 2, Thor et Captain America suivront, mettant en place les pièces maitresses, les mondes des différents héros qui entreront en collision à l’occasion d’un crossover inédit qui deviendra en 2012 le troisième plus gros succès de l’Histoire du Cinéma : Avengers. Ainsi s’achevait la Phase 1, et ce n’était que le début.

Si Stan Lee fut l’architecte de l’univers Marvel des comics, faisant d’ailleurs toujours sa petite apparition dans chaque film, c’est à Kevin Feige que l’on doit la réussite de l’Univers Cinématographique Marvel. Illustre inconnu du grand public, ce producteur a fait ses armes comme producteur associé depuis Blade. Il est présent depuis le début sur quasiment tout ce qui a été estampillé Marvel et est donc devenu tout naturellement le grand patron de Marvel Studios. C’est cet homme chapeautant tous les films avec une vision claire et un respect du matériau source qui a permis d’arriver à un univers cohérent qui ne sacrifie jamais les personnages au profit de l’action. Si la qualité est constante et que le public reste au rendez-vous c’est bien pour le soin apporté à des personnages auxquels le public s’est accroché. Même les réalisateurs, bien qu’apportant leur style personnel, doivent se plier à la vision générale, ce qui a provoqué de nombreuses frictions quant à la liberté artistique de certains. Il semblerait qu’il s’agisse du prix à payer, justifié par le fait que Marvel Studios et Kevin Feige savent ce qu’ils font contrairement à d’autres studios. Les critiques et les recettes leur donnent raison.

 

La Distinguée Concurrence contre-attaque

Après la conclusion de l’excellente trilogie Dark Knight, Warner/DC ont tenté de suivre le mouvement avec leur propre univers, avec beaucoup moins de réussite : si les films font recette, les critiques ne suivent pas toujours et les films divisent fortement, à l’image de Batman v Superman. Film imparfait, trop ambitieux et très sombre, il est pourtant loin d’être le navet tant décrié par certains ou le chef d’œuvre salué par les autres. Toujours est-il qu’il continue d’alimenter les débats et les combats puériles de mauvaise foi entre fans extrêmes de Marvel et ceux de DC.

Néanmoins, Warner/DC ont enfin eu cette année leur premier succès à la fois critique et commercial avec Wonder Woman, premier film réussi de super-héroïne grâce auquel ils coiffent au poteau Marvel Studios qui, en 19 films n’en ont pas encore proposé un seul avec une femme en tête d’affiche. Une question parmi tant d’autres dans le riche débat de la représentation des super-héros au cinéma. Avec Justice League en cette fin d’année, Warner/DC tente son propre « Avengers » qui, on l’espère pour eux, leur permettra de corriger les débuts quelque peu difficiles de leur univers.

En vingt ans, les films de superhéros ont connu des grands succès et quelques échecs. Finalement, peu importe la rivalité entre les studios ou les maisons d’éditions Marvel et DC, tant que la qualité est au rendez-vous, les spectateurs sont gagnants.