Selon de nombreux experts, plus de 70% des habitants de la planète vivront dans des villes en 2050. Cette urbanisation entraîne de nombreux défis, notamment pour les architectes et urbanistes, qui doivent penser et dessiner la ville de demain dès aujourd’hui. Ecologie, agriculture, intégration de nouveaux bâtiments ou rénovation d’anciens dans des villes vieilles de plusieurs centaines d’années… autant de défis à relever avec inventivité mais aussi avec respect pour l’Histoire et la planète.

 

Le Grand-Duché de Luxembourg, en plus de ça, manque de place. Le territoire du pays semble trop petit pour son développement rapide, entrainant un prix mirobolant du mètre carré de terrain ou de logement (voir infographie page suivante) et le besoin pour un nouveau programme directeur d’aménagement du territoire concerté et réfléchi, l’un des grands chantiers de cette année. Que ce soit pour les entreprises ou pour les particuliers, aussi bien pour du travail, que pour des loisirs ou des logements, le défi consiste à réaliser des bâtiments à la fois écologiques, esthétiques, pratiques et abordables. A travers les réalisations récentes, en cours ou à venir qui définiront la ligne d’horizon de Luxembourg, penchons-nous sur les caractéristiques de cette architecture prévue pour durer.

 

Prendre de la hauteur

Le gouvernement en avait fait l’annonce il y a deux ans maintenant : le territoire ne pouvant s’agrandir, la solution face à la croissance démographique et économique serait de construire des bâtiments plus hauts. Une deuxième solution annoncée était de convertir et réutiliser des friches industrielles mais elles ne sont pas nombreuses en Ville. Tout en évitant de tomber dans les travers des gratte-ciel ou des HLM, par une utilisation intelligente de l’espace disponible et en accord avec la nature, les ministres Marc Hansen et François Bausch, s’exprimant à propos des logements, confiaient alors qu’une densification urbaine et des bâtiments plus hauts permettraient d’accueillir 800.000 voire plus d’un million d’habitants à l’avenir. Le Kirchberg et la Cloche d’Or vont donc se doter d’immeubles plus hauts.

 

Encourager la mixité

Une tendance notable de ces immeubles hauts en construction est la façon dont ils se remplissent. La plupart sont ou seront à la fois des lieux de vie, de travail et de loisirs, combinant appartements, bureaux et surfaces commerciales. Même le toit est mis à profit quand c’est possible. Finis les zones commerciales et les hypermarchés étendus mais bas de plafond, avec un vaste parking. Désormais, tout espace est mis à profit en empilant les étages par-dessus les niveaux commerciaux, le tout posé sur un parking souterrain de plusieurs étages, une zone piétonne ou une gare routière afin de faciliter les allées et venues et les rencontres. C’est le cas du Royal Hamilius, du projet Infinity et du pôle d’échange multimodal Serra au Kirchberg ou du futur Auchan Cloche d’Or.

 

Préserver l’environnement

Il est devenu inconcevable de construire sans tenir compte de l’impact de l’Humain sur la planète et tenter de le minimiser. Les matériaux sont pensés pour réduire le plus possible la consommation énergétique, recyclables et si possible déjà recyclés. Le verre et l’acier s’associent au béton, mais aussi au bois et à la terre. De plus, les façades, cloisons, sols et toits se parent de végétation, ce qui améliore la qualité de l’air. Les toits verts sont notamment une caractéristique du projet Infinity du

Kirchberg, du Royal Hamilius et du projet de réhabilitation de la brasserie Diekirch, tandis que le futur siège d’Arcelor-Mittal préfère utiliser la végétation au rez-de-chaussée.

 

Respecter le contexte

Etant donné leur taille, il est important que ces nouvelles constructions s’intègrent harmonieusement dans les espaces déjà construits, les sites naturels à préserver, les quartiers historiques ou les paysages particuliers. Il est nécessaire que la nouveauté ne se fasse pas au détriment de ce qui était présent avant, mais plutôt qu’elle le mette en valeur sous un jour nouveau afin que neuf et ancien se magnifient mutuellement.

C’est le cas par exemple du projet Royal Hamilius, à côté de l’Hôtel des Postes, qu’il rend facilement accessible à pied sans trop en cacher la vue, ou encore de la nouvelle brasserie Diekirch, qui doit tenir compte des anciens immeubles classés tandis que le futur immeuble de Deloitte à la Cloche d’Or inclue une terrasse en son centre permettant de voir l’horizon derrière.

 

Faire entrer la lumière

Toujours afin d’éviter de défigurer leur environnement, ces nouveaux bâtiments doivent être lumineux. Les façades majoritairement vitrées et de murs blancs font donc entrer la lumière et la réfléchissent, pour un intérieur naturellement éclairé et un aspect extérieur lui aussi lumineux. C’est le cas du futur siège d’Arcelor-Mittal au Kirchberg, qui lie verre et acier. L’or est également une bonne association avec le verre, comme pour le futur centre commercial Auchan agrémenté de tours de logements.

Sur le plan de l’innovation architecturale et urbanistique, le Grand-Duché n’est donc déjà plus si loin des tours futuristes écologiques imaginées par le Belge Vincent Callebaut pour les villes surpeuplées de 2050. Un signe encourageant. En continuant sur cette voie équilibrée du développement raisonné et respectueux de l’environnement, le Luxembourg a déjà un pied dans le futur.