Face à l’émergence de nouveaux acteurs, les constructeurs, concessionnaires et leasers doivent redoubler d’ingéniosité pour se réinventer et bien souvent redéfinir leurs business models : d’un produit physique – le véhicule – ils optent désormais pour une palette de services adaptés aux besoins changeants de leurs clients et utilisateurs. Et si la combinaison de plusieurs modes de transports était la solution aux problèmes de congestion et de protection de l’environnement ?

 

Une révolution initiée par les startups et champions de l’innovation

BlaBlaCar, Uber ou encore DiDi : qu’ils soient européens, américains ou chinois, ces noms résonnent forcement auprès des utilisateurs connectés. Lors de la dernière décennie, sans même avoir de flotte de véhicules, ces sociétés ont pu convaincre des millions de « consommateurs de mobilité », grâce à des services faciles d’utilisation et une créativité hors pair. En effet, les « disrupteurs » de la mobilité mettent la technologie au cœur de leurs applications, et concurrencent directement les acteurs « classiques » du secteur, en misant sur la flexibilité et une expérience utilisateur facile, rapide et intuitive. Elles ont également une mission commune que l’on pourrait presque qualifier d’intérêt publique : éviter la congestion sur les axes (auto)routiers, pas nécessairement en remplaçant les solutions de mobilité actuelles, mais en créant une complémentarité entre celles-ci. Et si ces services ont initialement été créés pour les particuliers, certaines sociétés les proposent désormais à leurs employés en les intégrant à leur car policies. BlaBlaCar a notamment lancé BlaBlaLines afin de répondre aux challenges des trajets domicile-travail. Selon son fondateur et PDG, Frédéric Mazzella, « Nous étions déjà l’acteur prédominant dans le covoiturage domicile-travail (NDLR : en France), mais nous voulions aller beaucoup plus loin avec un meilleur produit. BlaBlaLines crée des lignes de covoiturage avec du trafic le matin et le soir, pour pouvoir aller et revenir du travail en choisissant ses horaires. L’innovation qu’on apporte avec ces lignes de covoiturage, c’est le fait qu’elles sont créées de manière totalement vivante et organique en fonction du trafic et du nombre de personnes qui vont proposer leur trajet ».

Les acteurs traditionnels du secteur, et notamment les constructeurs, ont pour la plupart d’ores-et-déjà avancé leurs pions et sont entrés dans une phase de transformation continue. Dès 1997, BMW Group fonde la société de leasing Alphabet lui permettant d’élargir son offre de services de mobilité. Celle-ci ne cesse de grandir avec des programmes de mobilité qui vont désormais au-delà de la simple gestion de flotte et la mise à disposition de voitures de société. Son concurrent direct, Mercedes-Benz, s’est quant à lui offert les services de covoiturage Via, suite à un investissement de quelques 50 millions d’euros en septembre 2017. Citons également les solutions Free2move proposées par Peugeot, ou encore Volvo et sa « Mobility Business Unit » appelée Sunfleet, mise en place pour répondre aux challenges actuels mais également pour anticiper et préparer le futur du secteur. « Cette tendance va s’accélérer dans le futur, avec de plus en plus d’initiatives qui devraient être lancées par les gouvernements ou les municipalités, car bien souvent, les politiques de mobilité sont liées à la fiscalité et au développement des infrastructures, » explique Steven Schoefs, Chief Editor de Fleet Europe. Si Londres, ou Paris dans une moindre mesure, tend à interdire la circulation à certains types de véhicules et motorisations, la Russie s’affiche quant à elle comme le futur champion de l’autopartage, avec le leader national Delimobil offrant plus de 100 voitures de location à la minute dans la ville de Moscou. Les challenges sont nombreux et les enjeux grandissants : saturation des réseaux routiers avec des embouteillages quotidiens et à toute heure de la journée, pics de pollution et émissions de CO2, des espaces de parking trop petits et rapidement complets, etc. Dans une Europe où la mise en place d’une politique commune de mobilité semble compromise, quelles sont les bonnes pratiques et innovations portée par le Grand-Duché ?

 

La congestion au Luxembourg, un enjeu sociétal majeur

« Au Grand-Duché de Luxembourg, 80% des personnes se rendent au bureau en voiture, qu’il s’agisse de véhicules de société ou de leurs véhicules personnels, » souligne Guido Savi, Head of Automotive Consultancy, HBC Group, mais également responsable Febiac pour le Grand-Duché de Luxembourg. Il poursuit : « Le voiture occupe donc toujours une place centrale, bien devant les transports en commun, qui ne représentent que 20% des kilomètres parcourus en Europe ». Il indique cependant que supprimer 10% des voitures en circulation permettrait de réduire les bouchons de 50%. La solution préconisée ? Aller vers de nouvelles solutions de mobilité, combinables entre elles et donnant ainsi une plus grande flexibilité aux utilisateurs. Comme l’explique Olivier Klein, Mobility Team Leader au sein du LISER (Luxembourg Institute of Socio-Economic Research, les problèmes de mobilité que connait le Grand-Duché ont un fort impact sur la vie des résidents et des frontaliers. Selon une étude réalisée à propos des habitudes de ces derniers, 50% des frontaliers avouent « sacrifier » leur vie sociale, et ne pratiquent aucune activité extra-professionnelle, après avoir passé plus d’une heure dans leur véhicule pour rejoindre leur domicile. L’expert en mobilité précise : « Aujourd’hui, il ne faut plus assimiler les déplacements quotidiens à des déplacements de véhicules, mais plutôt travailler sur les solutions de multimodalité centrées sur l’utilisateur, et permettre aux individus de combiner les différentes formes de modalité ».

La multimodalité, avec ce véritable changement de paradigme et de mentalité, c’est également le chemin qu’a décidé d’emprunter la société LeasePlan, comme le confiait dernièrement son Country Manager Luxembourg, Joel Fernandes : « De plus en plus de personnes choisissent désormais l’usage d’un service plutôt que sa propriété créant ainsi de nouveaux besoins. Nous le voyons à travers le succès des services d’économie collaborative et « on-demand » tels que Airbnb, Netflix, Uber : pouvoir consommer facilement ce que nous souhaitons, quand et où nous le voulons. Le secteur de la mobilité n’est pas une exception. Il évolue et évoluera plus rapidement encore dans les prochaines années que lors des dernières décennies ». Nous entrons donc clairement dans l’ère de la multimodalité, dans laquelle une mobilité propre et durable prend également une place prépondérante.

 

Un coup d’accélérateur

Le ton est notamment donné par le gouvernement luxembourgeois, suivi par plusieurs initiatives lancées par des partenaires privés. En mai dernier, la plateforme web et mobile de covoiturage « CoPilote » a vu le jour : présentée par François Bausch (Ministre du Développement durable et des Infrastructures) et le regretté Camille Gira (Secrétaire d’État au Développement durable et aux Infrastructure), elle vise à réduire le nombre de siège vidéos qui entrent chaque jour dans l’agglomération de Luxembourg. D’après les résultats de l’étude Luxmobil, ils seraient au nombre de 250 000. « Comme CoPilote vise surtout, mais pas exclusivement les trajets domicile-travail, le succès dépend largement de la participation des entreprises. Celles-ci pourront créer un groupe dédié à leurs employé(e)s et auront la possibilité de mettre en place des incitations comme par exemple une place de parking pour les covoitureurs, » explique François Bausch.

Les CFL ont, quant à eux, opté pour une solution d’autopartage. Annoncés en décembre dernier, des véhicules estampillés Flex sont désormais disponibles à proximité des gares et sont ainsi facilement combinables avec les transports en commun tels que le train ou le bus. L’objectif assumé, selon le directeur général des CFL Marc Wengler, est « d’offrir aux clients des transports en commun la flexibilité d’utiliser une voiture pour des besoins de déplacement imprévu, mais aussi d’étendre le rayon de mobilité des usagers des transports publics ». Enfin, le Verkéiersverbond (la Communauté des Transports au Luxembourg, placé sous la tutelle du Ministère du Développement Durable et des Infrastructures) a récemment annoncé son intention de créer une application permettant aux Luxembourgeois de planifier rapidement et avec précision leurs trajets, en utilisant une seule et unique plateforme. En effet, cette nouvelle app vise à faciliter les déplacements au Grand-Duché : l’usager pourra choisir ses options de trajets, allant de la voiture privée, aux transports en communs, en passant par le covoiturage, tout en tenant compte du trafic. Il pourra également réserver un emplacement mBox pour son vélo, ou un parking P+R, mais encore acheter ses tickets de transport en ligne : l’application multimodale par excellence.

 

Au final, l’utilisateur final reste maître de ses décisions. Et si l’idée était, en quelques sortes, de compliquer sa prise de décision en lui proposant tout un pannel de solutions de mobilité efficaces, et qu’il pourrait combiner à sa guise ? La multimodalité est plus que jamais au cœur des débats entre autorités, sociétés privées, leurs employés et les utilisateurs finaux. Pour Olivier Klein, les solutions de mobilité douces peuvent être une réelle alternative lorsqu’il s’agit de la dernière portion, du dernier kilomètre : « Cela peut consister en la mise en place d’un système de location de trottinettes électriques ou bien, dans les années à venir, de nouvelles portions de tram au Luxembourg ». Les trajets sont alors morcelés, mais c’est bien leur combinaison qui permet une meilleure efficacité, tout en ajoutant un aspect environnemental, en réduisant les émissions de CO2, notamment. Une situation win-win.