2h10 ou 4h20, il faut simplement donner son maximum pour vivre pleinement la passion du marathon. Les spécialistes de la discipline Hakim Bagy et Laurent Lawrjaniec mettent l’accent sur le mode de vie du marathonien, ainsi que sur la préparation nécessaire. Urban BEAST est allé à leur rencontre pour vous faire profiter de leur expérience et de leurs nombreux conseils. Interview croisée.

Hakim Bagy

Semi-Marathon : 1h03’14 Marathon : 2h11’06

Laurent Lawrjaniec

Semi-Marathon : 1h14’55 Marathon : 2h40’26

Comment avez-vous découvert la discipline ? Pouvez-vous revenir sur votre première expérience de marathonien ?

Hakim Bagy : Presque par accident. En Janvier 1987, j’étais étudiant au Maroc et c’est à ce moment qu’a eu lieu le premier marathon organisé à Marrakech. Je suis arrivé dans les cents premiers, par contre, impossible de mettre la main sur le chrono réalisé. C’est en 1997 que j’ai redécouvert la discipline : j’étais alors en équipe de France et venais de terminer le championnat du monde du Semi-marathon. Direction Reims pour le championnat de France : j’ai pris la troisième place, avec un temps de 2h17.

Laurent Lawrjaniec : C’est lors de la première édition du trail du Mont Saint Quentin que j’ai découvert la discipline. Un ami, Antoine, m’a proposé de participer car la course se déroulait à côté de chez moi. Je me suis lancé en pensant que cela ne me causerait pas de problème… pour finalement arriver parmi les derniers. Malgré mon épuisement, j’ai dit à mon ami : «c’est ça que je veux faire !»

Quel était votre sentiment à la fin de votre premier marathon ?

HB : Une très grande joie, de la fierté et une certaine satisfaction : je m’en souviens encore aujourd’hui. A 18 ans, je n’avais pas eu de préparation et connaissais uniquement la piste. Pour moi, il ne s’agit pas d’une philosophie, mais bien d’un mode de vie.

LL : Le fait d’avoir poussé la «machine le plus loin possible» m’a rendu très heureux. C’est depuis devenu une philosophie de vie, qui permet notamment de surmonter les difficultés physiques et morales.Cela se ressent également au quotidien : on reste humble devant la nature et devant l’effort qui est à fournir. Après cette première course, j’ai véritablement compris ce que cela signifiait.

Comment adaptez-vous votre rythme de vie et qu’en est-il de la préparation physique ? Suivez-vous également un régime particulier ?

HB : Un marathon se prépare toute l’année, mais un entrainement spécifique qui commence trois mois avant le marathon reste nécessaire. Cela va se traduire par des séances plus longues et plus intensives. La diététique et le mental sont également très importants même s’il ne faut pas tomber dans l’excès. Il ne s’agit pas de faire un régime mais plutôt manger sainement tout en sachant se faire plaisir. Un bon préparateur physique doit savoir poser les bonnes questions en matière de sport mais aussi en matière de stress, de gestion familiale, etc. Il s’agit d’un travail de longue haleine qui est essentiel pour apprécier son marathon.

LL : Le marathon doit rester un plaisir. Personnellement, j’adore manger, certes dans certaines phases, il faut se contenir mais il s’agit désormais d’un automatisme. A l’approche d’une épreuve, on supprime les sucres rapides même cachés, alcool, plats surgelés, on réduit la dose de pain pour privilégier les légumes, les féculents, le poisson, etc. Il est important de se nourrir correctement en ne sautant aucun repas. Il faut que le corps ait tout ce dont il a besoin. A trois mois du marathon, l’entrainement devient spécifique : on privilégie la vitesse avec beaucoup d’entrainements au stade.

Quels sont les éléments et pensées qui vous permettent de vous dépasser et de franchir la ligne d’arrivée ?

HB : Il est important de savoir pourquoi on se lance dans une aventure comme celle-ci et il est nécessaire de faire un véritable travail sur soi-même. Un marathon dure plusieurs heures et laisse le temps à tout le monde de cogiter, mais il ne faut pas se poser les mauvaises questions. Quand je souffre lors d’une course, je me dis qu’il en est de même pour les personnes devant moi et ce sentiment s’éclipse dans les minutes ou les kilomètres qui suivent. Lorsque vous avez des pensées négatives, tous les problèmes remontent à la surface. Il faut rester positif, et rester concentré sur ses objectifs, cela permet d’avancer.

LL : Cela se traduit déjà à l’entraînement par le fait de sortir peu importe la météo, mais comme me dit souvent Hakim, on ne choisit pas le jour de la course et encore moins la météo. Il nous arrive également de courir 3h sur une boucle de 400m ce qui est assez répétitif voire rébarbatif. Le jour de la course, chacun a ses propres pensées, ses propres règles mais nous souffrons tous. Il faut se dire qu’on s’est entraîné pour ça, qu’il s’agit d’un jour de fête et que c’est la cerise sur le gâteau !

Qu’en est-il de l’après marathon ? L’euphorie surpasse t-elle la douleur ?

HB : La passion pour le marathon m’anime. De manière générale, quand on sait pourquoi on fait les choses, on prend beaucoup plus de plaisir. Malgré les éventuelles déceptions, un passionné n’arrêtera jamais ce qu’il fait. Cela peut paraître absurde mais tous les passionnés comprendront, peu importe le domaine. Après tant d’années, je suis toujours euphorique et je prends toujours le même plaisir.

LL : Après mon premier marathon, j’étais totalement à l’agonie. Encore maintenant, pendant la course je me suis dit qu’il s’agit du dernier. Quand on passe la ligne d’arrivée, on veut instantanément recommencer car on est allé au-delà de ce que l’on pensait pouvoir faire. L’après-marathon peut-être compliqué, mais les bons souvenirs effacent les mauvais en une fraction de seconde.

Quels sont les principaux bénéfices de la pratique du marathon ?

HB : Le marathonien se forge un mental à toute épreuve. Très humble, c’est quelqu’un qui sait s’adapter à toutes les situations et avec qui il est facile de vivre.

LL : A mon sens, le marathon est la seule distance qui permet d’aller au bout de soi-même. Cela apporte un bien-être conséquent, peu importe le niveau. Lorsque l’on court, on peut véritablement se vider l’esprit et cela fait un bien fou avec les vies que nous menons de nos jours. On supporte mieux le stress, on a une volonté à toute épreuve, on comprend les autres et on est bien plus tolérant, car même s’il s’agit d’un sport individuel, on court bien souvent en groupe et on partage les efforts.

Quels sont les trois principaux conseils que vous pourriez donner à quelqu’un qui souhaite se lancer dans un marathon ?

HB : En premier lieu, il faut bien choisir ses équipements, bien se préparer en respectant les aspects que nous évoquions précédemment, et enfin, être à l’écoute de son corps, surtout quand celui-ci commence à fatiguer.

LL : Avant tout, ne jamais baisser les bras. Les débuts peuvent être difficiles, moralement ou physiquement, mais il faut s’accrocher car le plaisir viendra, il faut également bien programmer ses entraînements, consulter la littérature ou ce qui se dit sur internet, voire s’entourer de professionnels comme Hakim. Et enfin, adapter sa philosophie de vie à la course à pied, ou l’inverse !

Les deux marathoniens prendront part au Marathon des Sables qui aura lieu du 8 au 18 avril dans le désert marocain. Malgré les 250 km à effectuer sur quelques jours, et l’autosuffisance, il ne fait nul doute qu’Hakim et Laurent prendront un plaisir immense, pour assouvir leur passion entre amis !