art digital

Au début des années 1960, un nouveau moyen d’expression a vu le jour : « l’art digital ». En effet, l’art puise son inspiration de toutes les choses qui l’entourent, des tendances qui émergent, et donc nécessairement du numérique. Le digital élargi considérablement le champ des possibles des artistes qui ne se privent pas de l’explorer.

 

En septembre dernier, une nouvelle a fait sensation : une intelligence artificielle appelée Flow Machines est parvenue à composer une musique inédite dans un style prédéfini, il s’agit en l’occurrence d’une musique des Beatles. Flow Machines peut laisser libre court à sa créativité afin de proposer des mélodies harmonieuses que vous pourrez trouver rassemblées dans un album qui sortira cette année, une grande première dans le monde de la musique !

Parler de créativité lorsque l’on parle d’intelligence artificielle peut dérouter. Cela pose la question de l’âme d’une œuvre d’art qui se veut être sensible, personnelle et non formatée par des algorithmes. Les puristes croient en la réalisation manuelle, aux pinceaux plutôt qu’aux doigts sur un écran d’iPad qui rendent l’œuvre unique de par ses imperfections. Pourtant certains artistes ont décidé d’évoluer avec leur temps et de faire des nouvelles technologies des alliées plutôt que des ennemis. C’est le cas du célèbre peintre David Hockney, figure emblématique du mouvement Pop Art dans les années 1960, qui réalise des œuvres sur iPad. Pour lui, la création sur tablette est une technique de peinture comme une autre qui nécessite un apprentissage et sa maîtrise n’est pas chose facile.

L’artiste Joshua Davis est allé plus loin en créant un algorithme aléatoire qui pioche ses sources dans une bibliothèque de formes et de couleurs. Lorsque l’artiste utilise son code, cela crée un œuvre unique puisque l’algorithme utilise cette bibliothèque au hasard et renouvelle ses créations à chaque fois qu’il est utilisé.

Ces techniques posent néanmoins le problème de la propriété intellectuelle. En effet, une œuvre peinte sur une toile ne peut être possédée par plusieurs personnes ni être dupliquée, alors qu’une œuvre faite sur iPad peut être envoyée simplement par email et donc à plusieurs personnes. L’art digital en général pose cette question de la propriété puisque le numérique est un espace de partage où il est compliqué, voire impossible, de s’assurer d’être le seul à disposer d’un bien puisqu’il est abstrait. L’objet n’est qu’une image virtuelle qui ne possède pas l’aspect rare, unique et fragile qui font la valeur d’une œuvre d’art traditionnelle.

Lorsque l’on dépasse les conventions et les barrières qu’elles nous imposent, on se rend néanmoins vite compte que le numérique a un impact positif non négligeable sur l’art. Au niveau de la création mais également au niveau de l’exposition, de la production et de l’archivage. En effet, le digital rend l’art accessible à tous, il est maintenant possible de visiter un musée se trouvant à l’autre bout du monde et proposant des œuvres normalement inaccessibles en restant simplement dans son canapé.

C’est le but du Google Art Project, lancé en 2011, qui propose de visiter à distance de façon virtuelle et interactive 150 musées et toutes les œuvres qu’ils contiennent. Le digital questionne donc la façon de contempler l’art et d’en apprécier tous les éléments avec précision, chose qui n’est pas toujours possible dans les musées les plus célèbres où des foules se bousculent pour apercevoir un bout de tableau.

Ce système qui popularise l’art n’est pas au goût des puristes qui préfèrent étudier une ouvre réellement et non virtuellement. Ils peuvent désormais avoir accès à l’art digital puisque des musées dédiés à ce mouvement voient le jour. A Paris, la Xpo Gallerie défend le fait que nous soyons entrés dans une ère où le numérique offre beaucoup plus à l’artiste que les anciennes techniques de création.

Elle soutient donc les artistes 2.0 qui ont vu le jour avec la révolution digitale et regroupe leurs ouvrages afin de les rendre accessibles à tous et de convaincre les plus réticents. Cette mission est également portée par le MuDA à Zurich, le Museum of Digital Art, qui est la preuve que l’art digital intéresse puisqu’il a pu voir le jour grâce à une campagne de financement participatif.

L’art numérique encourage cet aspect participatif et de partage puisque les individus n’ont plus besoin de se rencontrer en face à face afin de créer ensemble. Cela est incarné par les nombreuses œuvres participatives qui voient le jour telles que le projet « Le baiser de la Matrice » mis en place par Véronique Aubouy. Cette initiative fonctionne de la manière suivante : toute personne dans le monde peut se filmer en train de lire une page des sept tomes du fameux roman de Marcel Proust « A la recherche du temps perdu ». La matrice mise en place gère la distribution des pages afin de proposer, à la fin, un film dans lequel participent des acteurs du monde entier.

L’outil numérique permet également de se faire connaître : la communication digitale permet à des artistes d’exposer dans le monde entier en restant chez eux et donc de toucher des personnes qu’ils n’auraient jamais pu atteindre autrement. Avoir accès à une galerie d’art se trouvant à l’autre bout du monde, c’est le pari que s’est lancé Artsper, un site qui regroupe 40 000 œuvres proposées dans 1 000 galeries. Le but est donc de faire connaître des artistes et de faciliter leur rencontre avec des passionnés d’art qui peuvent sur cette plateforme acquérir une ouvre en un clic. Un support similaire a vu le jour au Luxembourg : Artnolens. Cette galerie virtuelle a pour vocation de démocratiser l’art et de le rendre accessible à tous en faisant se rencontrer des artistes et des passionnés d’art. Tout le monde y trouve sa place, aussi bien les novices que les érudits.

En effet le Luxembourg ne reste pas en dehors de cette tendance, au contraire il l’encourage. Les institutions culturelles du Grand- Duché œuvrent pour rendre cet art connu, à l’image des Rotondes, qui proposaient au mois de février une exposition appelée « Multiplica ». Ce projet exposait des œuvres très innovantes mais également des créations moins techniques mais qui montraient l’impact du numérique sur les arts visuels et vivants, et son aspect créatif et participatif. Le MUDAM, avec son exposition « Eppur si muove », a également donné une place aux nouvelles technologies en proposant des créations mêlant art visuel et nouvelles techniques ; en vous accueillant et en vous guidant à l’aide de robots.

Le soutien à cette nouvelle vague d’artistes ne se limite pas à l’exposition des œuvres mais remonte jusqu’à la création puisque la BIL et la Fondation Indépendance, en partenariat avec le FOCUNA, proposent une aide à la création et à la diffusion aux artistes en arts numériques afin d’encourager les artistes luxembourgeois à se laisser séduire par ce mouvement novateur.

L’art digital permet d’aller au-delà de l’aspect immobile et contemplatif de l’art en produisant des créations animées et interactives. Cette nouvelle forme d’expression et de création remet en cause le système en lui permettant de se renouveler à travers de nouvelles formes de conception mais aussi de partage et de communication. Même si certains préféreront toujours passer leurs dimanches au musée, d’autres peuvent s’intéresser à l’art alors qu’ils n’y avaient, jusqu’à présent, pas facilement accès. Au final, l’art se met à la page en prenant le train du digital en marche, parti explorer de nouveaux horizons.