Il y a un peu plus de 15 ans, l’eSanté connaissait ses premiers balbutiements avec l’apparition de la télémédecine. Cette nouvelle discipline avait pour vocation de mêler actions cliniques et curatives, avec le support des systèmes de télécommunications.

Aujourd’hui, la version 3.0 de la santé connectée s’appuie sur les Technologies de l’Information, sur Internet et sur la révolution numérique à des fins cliniques, éducatives et administratives. La dynamique devrait encore s’accélérer d’ici 2020, le ministère luxembourgeois de la Santé affichant des objectifs ambitieux pour le secteur. Le ministère entend notamment développer la promotion de services médicaux de grande qualité en proposant des soins mieux ciblés et plus efficaces. A terme, on s’ouvre sur un vrai processus de réflexion – qu’il reste à ancrer parmi les décideurs de la santé publique – pour proposer une médecine adaptée et personnalisée au nombre le plus large possible de citoyens.

De l’accompagnement classique aux objets connectés

En première ligne de la digitalisation du secteur, on trouve les objets connectés, plébiscités par les professionnels de la santé. Nouveaux alliés du corps médical, des patients, mais aussi des sportifs, les objets connectés se présentent sous de nombreuses formes (bracelets, gammes de vêtements, montres, capteurs de mouvement, etc.) et sont en mesure de surveiller et de mesurer les paramètres vitaux, comme les performances cardiaques. Le marché des objets connectés et des applications connaît aujourd’hui un essor considérable, porté par un vrai engouement pour de nouveaux services de santé numériques accessibles de façon apparemment illimitée. Les objets connectés servent un public qui s’élargit, animé par la simple volonté de mettre à profit les nouvelles technologies pour vivre mieux. Les patients y voient une manière de veiller plus facilement sur leur capital santé; les professionnels y trouvent un moyen d’assurer un meilleur suivi des malades et de personnaliser les traitements.

Destination eSanté

Avec l’apparition de ces innovations technologiques, une nouvelle forme de médecine connectée se dessine: l’eSanté, qui propose une vision actualisée de la médecine, conjuguant numérique et personnalisation. Les atouts de l’eSanté profitent à des domaines de plus en plus variés comme la télémédecine, la prévention, le maintien à domicile, le suivi des maladies chroniques à distance, les dossiers médicaux électroniques, mais contribue également au développement de nouvelles applications et de nouveaux objets connectés. L’eSanté s’avère être une solution palliative aux difficultés que rencontrent les systèmes de santé. Ces derniers sont en effet confrontés à l’accroissement des défis majeurs que sont le vieillissement de la population, la gestion de la dépendance, l’accès universel à une prise en charge de qualité ou encore l’accroissement des maladies chroniques.

mSanté, vocations et perspectives

Au même titre que la révolution mobile s’impose dans tous les secteurs, on retrouve son avatar médical avec la mSanté. Comprenez «un ensemble de pratiques médicales et de santé publique, reposant sur des dispositifs mobiles» tels que les téléphones portables, les systèmes de surveillance des patients, les assistants numériques personnels et autres appareils sans fil. La mSanté balaye plus de 14 catégories différentes reconnues par l’OMS – du centre d’appel aux systèmes d’aide à la décision médicale en passant par la télémédecine mobile, la surveillance et le monitoring des patients – et son périmètre d’actions s’étend du simple SMS jusqu’à des fonctionnalités sophistiquées.

Côté chiffres, on estimait qu’en 2013, plus de 3 millions de patients au niveau mondial utilisaient déjà des dispositifs de monitoring à domicile. D’ici 2018, on devrait franchir le cap des 19 millions de malades en télésurveillance, dont les 2/3 seront des patients équipés de dispositifs cardiaques implantables. Cette expansion a été permise par la démocratisation des objets connectés, au nombre de 15 milliards aujourd’hui, dans l’attente des 80 milliards prévus pour 2020. (Source : Idate)

La vision de la santé connectée dans le monde

Pour mesurer l’impact et l’avancement des mesures de santé connectée dans le monde, L’OMS a réalisé une étude comparative sur près de 115 pays. Les résultats sont mitigés selon les zones et les critères. 12% des pays étudiés seulement s’intéressent à l’impact de la prise d’initiatives nationales en matière de mSanté, avec à peine un peu plus de 25.000 publications consacrées à ce domaine. L’eSanté s’adresse pourtant à tous en offrant aux pays à revenus élevés l’opportunité de faire baisser leurs dépenses de santé, et aux pays à revenus plus modestes la possibilité d’améliorer l’accès aux soins de santé primaires. Aujourd’hui, même si l’on sait que la cause est noble et porteuse de progrès, l’OMS n’est pas encore à même d’identifier clairement les projets d’eSanté ayant eu un impact suffisamment significatif pour mériter d’être imité et pérennisé sans distinction, partout dans le monde.

L’Union Européenne encourage cependant cette nouvelle forme de médecine en mettant en avant trois aspects positifs majeurs de cette révolution, avec au premier plan le développement de campagnes de prévention en matière de maladie, d’accident et de qualité de vie. On pourra en outre compter à l’avenir sur des systèmes de santé plus efficients, plus durables et qui tendront à renforcer la responsabilité des patients.

La mSanté s’inscrit désormais dans le paysage médical mondial, et devrait prendre de plus en plus d’importance avec les années, l’accroissement de la population et le développement des technologies. Améliorer l’accès aux services en ligne, optimiser la consultation des bases de données et la communication entre les professionnels, développer la télésurveillance médicale de patients à domicile, …. autant d’actions et d’ambitions qui seront rendues possibles par la démocratisation portée par l’eSanté. Il est cependant nécessaire de veiller en parallèle à la règlementation et aux questions éthiques dans ce domaine sensible. L’objet de ces nouveaux usages est avant tout d’apporter une aide et un appui au médecin dans sa relation avec son patient, et vice versa. Veillons donc à ne pas nous écarter de cette démarche d’accompagnement et de faire en sorte que la technologie serve l’homme, sans jouer en sa défaveur.