anthropolohie
Dans le cadre de sa participation à la deuxième édition du Luxembourg Healthcare Summit, le Dr. Judith Nicogossian, spécialiste en anthropologie bioculturelle nous parle de ses recherches sur les corps hybrides qu’elle a entamées en Australie et sur lesquelles elle travaille toujours, l’innovation dans le domaine étant constante.

Steve Austin, Darth Vador, et autres humains-cyborgs : sommes-nous déjà passés du mythe à la réalité ?

La réalité a aujourd’hui rejoint la science-fiction et nous nous en sommes clairement inspirés, ces quelques dernières années, pour mettre au point des ingénieries médicales. L’imagination des écrivains et réalisateurs a en quelque sorte nourri les espoirs, voire les rêves, du corps médical. Les choses ont désormais changé : nous retrouvons en médecine, et notamment en anthropologie, de nombreuses technologies inspirée de films ou d’ouvrages de science-fiction. Je pense notamment à l’exosquelette, ces machines alimentées par des moteurs et portées par l’homme afin de transférer de l’énergie pour les mouvements de ses membres, que l’on retrouvait déjà dans la série télé «L’Homme qui valait trois milliards» dans les années ‘80. L’implantation, dans le cerveau, de composants électroniques basés sur la RFID, s’est également muée en pratique médicale. Ces développements ont une dizaine d’années, mais leur progression est exponentielle. Pour ma part, j’ai réalisé la première thèse du CNRS sur le corps hybride. Le sujet était alors totalement novateur et mes camarades de laboratoire me regardaient bien souvent avec des grands yeux lorsque j’abordais les biotechnologies et leur impact sur le corps humain.

Comment les objets connectés peuvent-ils améliorer la vie d’un patient ? Quel en est, selon vous, le meilleur exemple ?

Les objets connectés sont des inventions fabuleuses. Ils permettent d’améliorer les conditions de vie des patients, aident la médecine à résoudre de nombreux problèmes et profitent aux institutions, notamment en termes de suivi des patients. Citons notamment les ‘Ingestible Sensors’, de petits composants intégrés aux médicaments et qui, après ingestion, permettent de contrôler le suivi de la prise du médicament. Cette technologie est révolutionnaire, notamment pour les patients bipolaires ou atteints de schizophrénie. Des études ont en effet démontré que 50% des patients n’ingèrent pas leur médication, ce qui entraîne rechutes et donc de nouveaux coûts d’hospitalisation et de soins, etc.

Selon vous, quelle est la prochaine technologie qui va améliorer de façon significative la vie des patients ?

Il s’agit d’une invention qui est toujours en phase de test: la biopile au glucose. Comme son nom l’indique, cette pile permet de résoudre les problèmes de batterie des implants. Même si nous possédons actuellement de formidables outils et mécanismes que nous implantons dans le corps humain et qui sauvent des vies, l’alimentation en énergie de ces implants reste un problème majeur. Les médecins doivent souvent réopérer les patients quelques années après une implantation pour remplacer une pile arrivée en fin de vie. Grâce à une telle biopile qui fonctionne avec le glucose du corps humain, l’implant pourrait ne jamais devoir être remplacé. Il s’agirait d’implants ‘à long terme’. Mais actuellement la biopile consomme encore trop de glucose et place le patient en hypoglycémie: la route est encore longue.

Finalement, comment définiriez-vous le patient du futur ?

Le patient du futur, ce serait un patient qui utiliserait toute une multitude de biotechnologies afin de s’auto-diagnostiquer. Il pratiquerait ainsi une auto-santé et n’aurait plus recours aux institutions et aux médecins, du moins, tels que nous les connaissons aujourd’hui. Par contre, ce patient devrait se méfier des technologies qu’il utilise, à savoir toujours les intégrer à son bien-être et non pas se laisser aller dans les travers, qui peuvent être nombreux … et tentants! En effet, certaines biotechnologies pourraient empêcher le développement humain que nous considérons comme naturel, mais également porter atteinte à la liberté du patient ou celle d’autrui.