Liquide complexe et composé d’une diversité d’éléments, le sang fascine depuis toujours. Son analyse peut révéler la quasi-totalité des maux du corps. Il se dit même que les premières études sur les qualités régénérationnelles du sang ont été effectuées par les médecins égyptiens il y a plusieurs milliers d’années. Aujourd’hui, avec les avancées scientifiques, le sang est même amené à être remplacé lors des transfusions sanguines. Entre ingénierie cellulaire et tissulaire, interface immunologique, ou encore transfusions, focus sur les dernières recherches du domaine.

 

Prévenir, diagnostiquer puis affiner

C’est notamment sur le traitement du cancer que la recherche sanguine se penche. Les dernières études démontrent notamment que la biopsie liquide, une «simple» prise de sang, peut caractériser une anomalie moléculaire. «Il s’agit d’une alternative prometteuse lorsque des biopsies traditionnelles à répétition sont complexes à réaliser, particulièrement chez les patients fragiles ou âgés ; ou lorsque la tumeur, pulmonaire ou osseuse par exemple, est difficilement atteignable et analysable. Une contrainte qui disparaît grâce à la biopsie liquide», souligne le Pr Benjamin Besse, responsable du comité de Pathologie thoracique à Gustave Roussy, centre régional de lutte contre le cancer situé à Villejuif en France. Au vu des premiers résultats encourageants présentés depuis ces dernières années, les traditionnels prélèvements de tissu tumoral pourraient prochainement laisser place à une simple prise de sang.

Les chercheurs du Johns Hopkins Kimmel Cancer Center situé à Baltimore dans le Maryland, ont confirmé cette tendance après avoir rapporté avoir développé un test sanguin qui permet de détecter à un stade précoce les cas de cancer colorectal, du sein, du poumon et de l’ovaire. L’examen se base sur une analyse d’une quantité d’ADN spécifique à chaque cancer qui se trouve dans le sang, et libéré par la tumeur. Comme le confirme le Pr. Victor Velculescu, cette étude montre que l’identification du cancer par l’utilisation précoce des changements d’ADN dans le sang est faisable : «Notre méthode de séquençage de haute précision est une approche prometteuse pour atteindre cet objectif. Le but a été de développer une analyse de sang qui pourrait prédire un cancer potentiel sans connaître les mutations génétiques dans la tumeur du patient». Les tests ont été effectués sur 200 personnes atteintes de différents cancers, et les résultats doivent cependant être confirmés par un échantillon de personnes plus important.

Enfin, des scientifiques anglais du Cancer Research UK Manchester Institute pensent également que la biopsie liquide pourrait guider les médecins sur le meilleur traitement possible. L’étude porte sur le cancer du poumon, ou cancer bronchique : après une prise de sang, les chercheurs ont isolé des cellules tumorales qui s’étaient détachées du cancer principal. Les anomalies génétiques mesurées leur ont dès lors permis de pronostiquer l’efficacité de telle ou telle chimiothérapie.

 

Vers la création de sang artificiel

La première expérience moderne de transfusion sanguine date de 1667 et a été réalisée par un scientifique parisien réputé et médecin personnel du roi Louis XIV, Jean-Baptiste Denis. Il avait alors tenté de soigner un jeune homme atteint de fièvre depuis deux mois, avec une transfusion de sang de mouton. A court terme, son état semble s’améliorer. La même année, il réalise d’autres transfusions, notamment en utilisant du sang de veau pour tenter de soigner un patient ayant un «comportement maniaque». Celui-ci décède, et les transfusions sanguines sont alors formellement interdites durant plus d’un siècle et demain. Cette technique de «dons» de sang est pourtant très ancienne : de nombreux écrits égyptiens en faisaient déjà mention. Là aussi, il s’agissait de sang d’origine animale. Une découverte, au début du XXème siècle va permettre une grande avancée : il s’agit de la notion des groupes sanguins, mise en avant par l’Autrichien Karl Landsteiner. Puis c’est la découverte du facteur Rhésus, toujours par Dr. Landsteiner, accompagné de son compatriote Alexander Wiener, 38 années plus tard, qui rend les transfusions bien plus sûres pour les receveurs.

Mais aujourd’hui, les hôpitaux font face à de nouveaux challenges, les donneurs de sang se faisant de plus en plus rares. C’est la raison pour laquelle les chercheurs tentent depuis quelques années de créer un sang artificiel ou plus précisément de cultiver des globules rouges. Si de nombreux scientifiques s’y sont attelés, les britanniques de l’université de Bristol ont annoncé il y a quelques mois, en mars dernier, avoir trouvé le moyen d’en produire en grande quantité… Leur méthode ? Une production alternative de globules rouges. On crée alors des globules prématurés, à partir de souches adultes, et qui seront ensuite cultivées indéfiniment. «Les globules rouges de culture ont plus d’avantages que le don du sang, parmi lesquels la réduction du risque de transmission de maladies infectieuses» ajoute d’ailleurs le Dr. Jan Frayne de l’université britannique.

Une méthode similaire a été avancée par les chercheurs Dr. Ryohichi Sugimura et Dr. George Daley. Leur étude ouvre ainsi la possibilité de prélever des cellules de patients atteints de troubles sanguins génétiques, et d’utiliser l’édition de gènes pour corriger leur défaut génétique et créer des cellules sanguines fonctionnelles, comme l’explique le Dr. Sugimura. Les deux cherchent pensent, si leurs théories sont prouvées, que leur méthode pourrait déboucher sur un approvisionnement illimité en sang, en utilisant les cellules prélevées dans le sang des donneurs universels.

De là à résoudre le problème de la pénurie de sang dans le monde ?