Aujourd’hui, toute organisation sportive rencontre les mêmes problématiques que les entreprises, du recrutement à la maîtrise des coûts. La donnée est incontestablement devenue un indicateur de performance et un formidable outil pour les marketeurs digitaux. Dans les gradins ou sur leur mobile, les fans sont également servis avec des expériences personnalisées. BEAST s’intéresse donc à la transformation digitale du monde du sport, véritable levier de performance et de croissance.

 

S’il y a bien un sport où les statistiques – et donc les données – sont clés, il s’agit du baseball. Incompréhensibles pour les non-initiés, elles sont notamment décrites dans l’ouvrage « Moneyball: The Art of Winning an Unfair Game » de Michael Lewis en 2003. Dans ce best-seller adapté au cinéma – « Le stratège », avec Brad Pitt – le journaliste américain se concentre sur la sabermétrie, ou l’approche moderne analytique du baseball, inventée par l’historien du sport Bill James, et adoptée par Billy Beane, alors directeur général des Athletics d’Oakland.

L’auteur s’intéresse à la mesure et à l’analyse des performances des joueurs afin de les mener à la victoire. De l’avis de tous, Moneyball a changé la façon dont les entraineurs et joueurs perçoivent le sport : le calcul et l’analyse remplacent désormais bien souvent l’intuition.

 

Que faire des données générées par les équipes et sportifs ?

Lorsque l’on parle de football, deux nations viennent directement à l’esprit : le Brésil pour sa technique et sa folie, puis l’Allemagne pour sa tactique et sa rigueur. Le champion du monde en titre s’est notamment appuyé sur la donnée afin de préparer sa victoire de 2014, sous la houlette de Christopher Clemens, directeur de la performance de la sélection allemande. Selon le natif de Bochum, « observer le football, c’est désormais regarder dans les data pour mieux comprendre quelles sont les exigences du foot de haut niveau ». Une tactique gagnante que d’autres équipes ont depuis adoptée – et notamment la Belgique – alors que se déroule actuellement la Coupe du Monde en Russie. Elle prévient les blessures et influence les choix des coachs : des pratiques qui ont fait leurs preuves pour toutes les équipes qui ont décidé d’investir dans la collecte et surtout dans l’analyse de la data.

Récolter les données via une une basket connectée, c’est également l’idée développée à Nancy par le serial entrepreneur Karim Oumnia à travers sa société Digitsole, créée en 2014. Récompensée à plusieurs reprises et après avoir participé à l’édition 2016 du CES – Consumer Electronic Show – de Las Vegas, la jeune pousse nancéenne a notamment remporté le chapitre luxembourgeois de la Startup World Cup l’an passé, organisée par Fenox Venture Capital, avant de promouvoir son innovation à la grande finale qui s’est déroulée à San Francisco. Comme le rappelait alors Malik Issolah, Project Manager au sein de Digitsole : « l’objectif principal n’est pas de gadgétiser des chaussures mais de communiquer avec les clients, d’être connecté à eux et de leur offrir de nouvelles fonctionnalités ».

En effet, les semelles sont dotées d’un tracker d’activité précis et complet, permettant également l’analyse des performances sportives en 3D et en temps réel !

D’autres privilégient la mode à l’aspect sportif : c’est le cas d’Eram, la marque et enseigne de distribution française, qui commercialise depuis septembre la première basket 100% tech et 200% fashion : celle-ci change de couleur via une application disponible sur smartphone, offrant la possibilité aux joggeuses et joggeurs d’assortir leurs baskets avec le reste de leur accoutrement…

De plus, ces données omniprésentes dans le sport professionnel ont aussi une puissance économique incroyable : elles interviennent dans le calcul des cotes et des gains pour les paris sportifs.

Depuis l’avènement du Big data, de nombreuses sociétés spécialisées dans les paris sportifs ont fleuri. Les parieurs analysent quant à eux les dynamiques des équipes et l’historique des confrontations.

 

Collecter pour mieux cibler

Cette tendance « data » a déjà fait l’objet de nombreux projets et change la vie des adeptes de footing, notamment, en leur permettant de monitorer et, in fine, d’améliorer leurs performances. Ces données ont également d’autres usages. Elles font ainsi le bonheur des marketeurs qui peuvent désormais affiner leur communication, ainsi que les cibles à atteindre au moment opportun. Besoin d’une nouvelle paire de running ? Après tant de kilomètres parcourus, il serait peut-être temps de penser à remplacer votre paire vieillissante par le dernier modèle de votre marque favorite.

A titre d’exemple, la ligue nord-américaine de basket-ball, la NBA, est à la pointe de l’innovation. En effet, l’équipe du Heat de Miami est devenue la première organisation au monde à éliminer les tickets papier et à n’autoriser que les e-billets disponibles sur smartphones. Le but de l’opération ? Avoir un meilleur suivi de quel fan est d’ores-et-déjà dans l’arène, et l’heure à laquelle il s’y est rendu. Cela permet dès lors d’étudier les horaires d’ouvertures des magasins réservés aux fans, stands de restauration rapide, etc. La seconde étape ? Affiner les offres et identifier de nouvelles sources de revenus, mais surtout gérer le budget et maîtriser les couts. Des problématiques centrales à tout business.

 

De nouvelles expériences pour les supporters

Si les sportifs et équipes bénéficient de ces données pour booster leurs performances, les marques tirent donc leur épingle du jeu avec la possibilité de cibler leurs offres ou encore d’interagir avec les fans. Fort heureusement, ces derniers profitent également de cette ère digitale.

En septembre dernier, au moment de la passation de pouvoir entre Adidas et Nike en tant que fournisseur officiel des tenues des équipes NBA, la firme de l’Oregon a frappé un grand coup avec le lancement de Nike Connect. Smartphone à la main, il suffit de scanner une sorte de QR Code sur le jersey à l’aide d’une application pour accéder à la playlist d’avant-match favorite de Kyrie Irving, revoir les moments forts du dernier match en data de Kevin Durant, tenter de remporter des places et produits exclusifs ou encore augmenter les capacités physiques – si on considère que c’est encore possible – de LeBron James sur NBA 2K18. Des fans gâtés, et une marque qui récolte encore plus de données sur ses clients pour mieux cibler ses prochaines campagnes de communication et pousser ses produits. Une situation win-win ?

 

Finalement, à qui la donnée bénéficie-t-elle le plus ? Elle permet aux équipes d’étudier avec précision le jeu de leurs adversaires du jour, donne de nouvelles opportunités commerciales aux marques et offre aux fans de nouvelles expériences personnalisées, au plus proche de leur idoles et sportifs favoris. Interconnectées, ces données font désormais partie intégrante de la pratique sportive au sens large, qu’elle soit professionnelle ou au niveau amateur, et il semble que le cycle et l’échange entre les différentes parties prenantes soient sans fin… Rassurez-vous, le sport n’en est pas pour autant devenu une science exacte et chaque jour de nouvelles surprises continuent de faire mentir vos prédictions.