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L’innovation est en pleine effervescence à Luxembourg. Des créations de start-ups high-tech aux PME innovantes, les projets se multiplient. Quels sont les atouts du Luxembourg ? Tour d’horizon avec Pierre- Olivier Rotheval, Directeur marketing et innovation et Frank Hollerich, Relationship manager au sein du Corporate banking de la Banque Internationale à Luxembourg.

 

Quand on parle Innovation, on ne pense pas d’emblée à une banque classique comme la BIL. Comment vous positionnez-vous par rapport à l’innovation ?

Pierre-Olivier Rotheval : L’innovation ne se décrète pas, c’est un état d’esprit que nous insufflons à nos équipes. Et c’est indispensable. Le secteur financier est en pleine révolution digitale, à l’instar de ce qu’ont traversé l’industrie audiovisuelle, la photographie ou le commerce. C’est une lame de fond, et plutôt que de résister, nous préférons surfer dessus. Cela veut dire nous soutenons l’innovation : chez nous à la BIL, et aussi autour de nous. Nous nous nourrissons de l’écosystème start-ups ainsi que des FinTechs, autant que ces derniers ont besoin de nous pour grandir. Nous sommes parfois concurrents mais surtout complémentaires. Les start-ups sont agiles, innovantes ; nous avons une base de clients solides, la maîtrise des contraintes réglementaires et les financements.

 

Comment se traduit votre soutien à ce que vous appelez l’écosystème start-up et à l’innovation ?

Pierre-Olivier Rotheval : Une précision tout d’abord : l’innovation regroupe un grand nombre de situations. Cela va des start-ups, ou le projet est encore embryonnaire, aux PME ou grosses sociétés, déjà bien établies et qui cherchent à développer un nouveau produit ou à investir dans la R&D. Il est donc difficile de généraliser.

Concernant l’écosystème « start-ups » du Luxembourg, la BIL est partie prenante et nous souhaitons, avec tous ses acteurs, renforcer la position du pays sur la carte des hubs d’innovation mondiaux. Nos partenariats avec le Technoport, nyuko et Innohub signés l’année dernière relèvent de cette logique. Nous suivons toutes les initiatives avec attention. En octobre dernier Paul Wurth a lancé son incubateur Incub, la Luxembourg House of FinTech est sur les rails et Vodafone a installé son centre d’innovation Tomorrow Street au Grand-Duché : beaucoup de bonnes nouvelles ! Sur un registre plus festif, nous avons organisé la première startuppers night en septembre 2016 et nous souhaitons renouveler ce type de soirées qui contribuent à animer et fédérer la communauté.

Dans le cadre du Women Business Manager of the Year, nous avons lancé le prix de l’innovation qui récompense un projet professionnel innovant porté par une femme de talent. Tout cela contribuera au rayonnement de cet écosystème dont nous ne sommes qu’un des nombreux acteurs.

 

Que pensez-vous de la scène start-up et innovation au Luxembourg ?

Pierre-Olivier Rotheval : La scène start-up est très dynamique, il se passe beaucoup de choses, les projets se multiplient. Ils sont beaucoup plus diversifiés aujourd’hui qu’ils ne l’étaient deux ans auparavant. C’est naturel, la première vague de projets était liée à la spécialisation financière de la place. Mais la politique de diversification de l’économie lancée depuis quelques années et soutenue par les différents gouvernements porte ses fruits. Et elle contribue à la création d’emplois dans les nouvelles technologies et à l’émergence d’initiatives innovantes crédibles à l’international.

Frank Hollerich : Nous voyons cette diversité dans les projets que nous finançons et les dossiers que nous recevons. Si l’on regarde les financements « InnovFin » que nous avons accordés, donc pour des projets innovants, une grande partie touche à l’IT mais dans des domaines très variés: la cryptographie, la sécurité, le reporting , le gaming, le secteur médical, la publicité…

 

Le financement est souvent le nerf de la guerre pour les créateurs d’entreprise. Comment vous positionnez-vous à la BIL et comment se positionne le Luxembourg par rapport aux autres pays ?

Frank Hollerich : les besoins d’une start-up ne sont pas les mêmes que ceux d’une grosse PME. Notre objectif est d’être présents à tous les stades du développement des sociétés et d’avoir la solution adaptée à leurs besoins, en travaillant étroitement avec tous nos partenaires. Pour les créateurs d’entreprise nous proposons un service d’accompagnement baptisé BIL Start. Vous avez besoin de « seed fund » (fonds d’amorçage) pour tester votre « proof of concept »? Alors nous pouvons vous diriger vers le Digital Tech Fund dont la BIL est un des financeurs. Votre produit ou service, innovant, a fait ses preuves et vous avez besoin de fonds pour en accélérer la commercialisation ? Nous pouvons vous proposer un prêt couvert en partie par la garantie InnovFin et/ou par la Mutualité des PME ou de la Mutualité de Cautionnement et d’Aide aux Commerçants. Vous êtes en phase d’expansion nationale voire internationale ? Un prêt bancaire classique, éventuellement cofinancé par la SNCI (Société Nationale de Crédit et d’Investissement), peut être la solution.

Pierre-Olivier Rotheval : il est vrai qu’une des faiblesses du Luxembourg par rapport aux autres hubs technologiques était le manque de Seed fund. Mais cela est en train de changer. Le Digital Tech Fund a fait bouger les choses. Nous sommes la seule banque parmi les parties prenantes de ce fonds d’amorçage pour les start-ups lancé sur initiative du ministère de l’Économie dans le cadre de « Digital Lëtzebuerg ».

 

Vous avez signé un accord avec le Fonds européen d’investissement en 2015 pour accroitre les prêts aux petites et moyennes entreprises (PME) innovantes, grâce à la garantie InnovFin. Pouvez-vous nous dresser un bilan de la situation ?

Frank Hollerich : La philosophie d’InnovFin est de réduire la part de risque supportée par les banques pour accroitre les prêts aux entreprises innovantes, entreprises qui sont par nature plus risquées, et ainsi contribuer au développement de l’économie européenne. Ce dispositif couvre les prêts bancaires à hauteur de 50%. À ce jour, nous avons financé 28 sociétés, pour un total de prêts de près de 28 millions d’euros. Les montants sont très variables. Nous avons 26 autres dossiers en cours d’analyse. Une grande partie de ces projets sont en lien avec l’IT, mais on retrouve aussi des PME traditionnelles ayant développé des produits, processus ou services nouveaux. Nous sommes en discussions avec le FEI pour prolonger la période de tirage jusqu’en juillet 2018.

Je tiens à préciser que les critères d’innovation à respecter sont suffisamment larges pour que beaucoup d’entreprises soient éligibles.

 

Quand vous recevez un dossier ou que vous rencontrez les porteurs de projet, quelles sont les premières informations que vous recherchez ?

Frank Hollerich : En tant que banquier, il est primordial de comprendre l’activité de la société. Et le défi pour le porteur d’un projet innovant est d’expliquer une matière souvent complexe en relativement peu de temps, qui plus est à un « non averti ». Une présentation claire et structurée qui ne se perd pas dans des détails techniques est cruciale. Par ailleurs, il est important de savoir où la société se situe dans son développement : le proof of concept est-il déjà terminé ? Est-ce que la start-up génère déjà des premiers revenus ? Quels sont les objectifs de revenus et sur quelles hypothèses reposent-ils ?

Pierre-Olivier Rotheval : je m’attache beaucoup à l’équipe qui porte le projet : quel est le parcours des associés ? Leur niveau d’expérience ? Je suis aussi très sensible à la dimension internationale des projets et à la stratégie d’expansion des acteurs que nous soutenons.