S’il y a bien un vin qui représente les fêtes de fin d’année à la perfection, il s’agit du vin de glace. Dans les somptueux domaines le long des routes de la Moselle, nombreux sont les vignerons qui espèrent un hiver froid, condition sine qua non à la production d’un Eiswein digne de ce nom ! Si la production est forcément plus grande au Canada, en Hongrie ou en Autriche, où les températures négatives sont monnaies courantes, le Luxembourg, et notamment le Domaine Alice Hartmann, se distingue, avec des vins de glace qui complètent une gamme composée de Rieslings et Crémants qui font le bonheur des luxembourgeois et des affranchis.

 

«Les vignerons qui misent sur les vins de glace prennent un risque» nous explique André Klein du Domaine Alice Hartmann, avant de poursuivre : «En effet, pour en produire, il faut que les grappes soient gelées après avoir été exposées à une température de -7 degrés Celsius. Ce qui n’arrive pas forcément toutes les années». Lorsque les vignerons misent sur un millésime de qualité, ils laissent ainsi les belles grappes, jusqu’à l’arrivée de l’hiver, alors qu’ils auraient pu les récolter bien avant pour produire des rieslings. «Il y a une première récolte, notamment pour les crémants, mais on laisse les plus beaux raisins, les plus secs, ceux qui ne sont pas encore attaqués par la Botrytis». Ceux-ci sont alors protégés des oiseaux et intempéries par des films plastiques. Autre difficulté pour les producteurs de vins de glace : trouver un emplacement facile d’accès s’il fait -15 degrés. Et si tout cela n’était pas suffisant, au Domaine Alice Hartmann on estime qu’un bon Eiswein requiert des températures de -10, voire -12 degrés. Par exemple, le millésime 2008, récolté en janvier 2009, a connu des températures de -14,5 degrés, durant trois jours – une exposition plus longue permettant la production d’un meilleur vin, comme le précise André Klein.

Car finalement, c’est la cryogénisation qui permet d’arriver ainsi à 120 degrés Oechsle ou plus, ce qui correspond plus ou moins à 290 g de sucre par litre. Récoltées dans le Koeppchen, l’un des 4 plus grands terroirs de la Moselle, les vignes du Domaine Alice Hartmann sont âgées de 70 à 90 ans, les rangs sont espacés pour permettre à l’air de circuler amplement : on garde ainsi une belle fraicheur en permanence, et l’exposition plein sud est optimale à Wormeldange.

En plus de demander une attention toute particulière lors de la cueillette et des conditions météorologiques bien spécifiques, ces vins nécessitent d’être traités avec soin lors de la presse. Le Domaine, fondé vers 1850 par la famille d’Alice Hartmann, et racheté il y a quelques années par deux hommes d’affaires luxembourgeois, possède une presse thermo régulée, et cette production de Eiswein est là encore bien particulière : «Lorsque l’on y dépose les grappes gelées, celles-ci, au fur et à mesure, forment un bloc énorme, qui risque même de casser la presse. Tout doit alors se faire en manuel, tout doucement, avec extrêmement de précautions» souligne M. Klein. L’engagement des employés, présents pendant 3 jours, est également à souligner : «évidemment, on se lève de bonne heure et on ne dort pas beaucoup les jours avant la cueillette, car nous gardons toujours un oeil sur le thermomètre» plaisante André Klein.

Le résultat ? Un doux nectar, sucré et parfaitement équilibré qui affiche 6% d’alcool pour des vins de glace d’une qualité rare à Luxembourg. Le Domaine Alice Hartmann et ses 10 hectares de vignes, est animé par ce genre de défis, et a notamment lancé, en collaboration avec Georges Carbon, le premier Drink Truck à Luxembourg, à bord d’un somptueux Citroën HY. Désormais, il ne reste plus qu’à croiser les doigts pour espérer pouvoir déguster des vins de glace millésime 2016 dans quelques mois.