Son rapport à la musique ?

C’est ainsi que le Disc-Jockey – appellation, certes alt-mödisch, mais qu’il préfère à celle trop ronflante de DJ – se définit. Kuston Beater sévit depuis maintenant plus de 20 ans sur le dance-floor. Enfin, pas vraiment, car ce qu’il aime, ce n’est pas tant de faire danser les gens que de leur faire découvrir des morceaux, leur donner à écouter de la bonne musique.

«Hédoniste mais pas égoïste».

De graphiste à DJ ou de DJ à graphiste, raconte-moi ton parcours ?

Graphiste de formation, j’ai commencé en 1996, mais c’est en 1998 que j’ai commencé à travailler à Luxembourg. D’abord en tant que salarié, pour différentes boîtes, avant de créer george(s), ma propre agence. C’était en 2003.

C’est en 2000 que j’ai commencé à mixer devant un public, dans les quelques rares bars aventureux qui étaient ok pour me laisser jouer: Le Péché Mignon (ex-Dcliq et Gudde Wellen, ndlr.), et le H2O. En réalité, c’est dans mon salon que tout a commencé: j’y produisais de la musique avant même de mixer. Ca m’a quand même pris 15 ans avant de sortir un EP (sur le label lorrain Chez Kito Kat).

Bientôt un second disque alors ?

Ca fait trois ans que je dis à tout le monde que je bosse dessus. Alors, je ne le dis plus (rires).

Comment définis-tu ton univers musical ?

Indéfinissable. Je peux aussi bien jouer un morceau ultra rude et électro, et enchaîner direct avec une mélodie dégoulinante de violons, passer d’un vieux truc de variété italienne à de la house, un pastiche avec son original, des extraits de recettes de cuisine sur un beat électro… j’aime surtout confronter l’ancien et le moderne. Et avant tout surprendre.

Un choix qui te place assez en marge de ce que l’on peut trouver actuellement en la matière, donc ?

La plupart du temps, tu as l’impression d’entendre toujours le même beat, le même type de musique. Je trouve ça trop redondant. Moi, j’écoute plein de choses différentes, et j’ai envie de faire partager ça. C’est ça ma raison d’être dans le milieu.

En revanche, je trouve que la scène à Luxembourg a bien évolué ces dernières années. Ça va dans le bon sens, en tous cas dans les endroits alternatifs que je fréquente. Enfin, alternatif,… C’est un grand mot à Luxembourg (sourire). J’apprécie le travail de Napoleon Gold, Fred Baus, Lowic ou encore LeGenco.

Comment construis-tu tes sets ?

Je ne prépare jamais. J’y vais toujours au feeling. Ou au bpm, même si ça ne fait pas tout. Je télécharge – légalement et illégalement –, j’achète des CDs, des vinyles. Et je prends toujours tout avec moi. C’est un problème, ça, d’ailleurs (rires).

Penses-tu que l’on puisse concilier humour et musique ?

C’est la première fois que l’on me demande ça…

Il faut dire que tu ne te prends pas vraiment au sérieux !

Le monde des DJs m’intéresse assez peu. Le côté paillettes… tout ça. Je ne me prends pas pour un DJ, je n’ai aucune prétention de ce côté-là. Je fais ça parce que j’y prends un vrai plaisir. C’est même égoïste, parce que je ne suis pas consensuel. J’aime aller là où l’on ne m’attend pas. J’essaye toujours de surprendre mon public, de le caresser à contre- poil… en intercalant par exemple une vieillerie absurde entre deux autres morceaux. En général, ça provoque le sourire, et ça, c’est ce qui me plaît.

Tu viens récemment de jouer au Japon. Une consécration ?

Tout à fait. C’est la classe, je peux me retirer, maintenant (rires). Plus sérieusement, ce fut une très belle opportunité, plutôt qu’une consécration. Un truc pour joindre l’utile à l’agréable, pendant mon séjour à Tokyo. Je me suis adressé à Victor Ferreira (Sun Glitters, ndlr), qui fait des sorties au Japon. Ma cherie m’a aussi beaucoup encouragé à le faire. C’était un petit set, devant 30 ou 40 personnes. Mais tout de même dans un petit bar de Shibuya, quand même! Le public était hyper réactif, c’était vraiment une expérience très cool. D’autant plus que j’y ai joué un mix de mes propres morceaux. Une première pour moi. J’ai réitéré depuis, d’ailleurs. Aux Rotondes (où il joue un vendredi par mois, ndlr).

Pourrais-tu en vivre ?

Je ne peux pas et je ne veux pas. Ça reviendrait à entrer dans une routine, jouer par obligation. C’est un side job, et c’est parfait ainsi. Il faut que ça reste du pur plaisir.

SA PLAYLIST

Ça n’est pas une playlist idéale ni exhaustive, mais plutôt faite dans l’instant, avec mes derniers coups de cœur – A.R. & Machines, Cosmic Vibration et Adriano Celentano, L’unica Chance Hai Visto Mai – et des morceaux que j’aime vraiment. Il y a aussi quelques noms connus, comme Serge Gainsbourg ou Johnny Halliday, mais avec des chansons moins connues.

  1. A.R. & Machines – Cosmic Vibration
  2. Stereolab – Super Electric
  3. Jean Jacques Perrey – Cœur Synthétique
  4. Serge Gainsbourg – Vue de l’extérieur
  5. Adriano Celentano – L’unica Chance Hai Visto Mai
  6. Silver Apples – Oscillations
  7. Flash Atkins – Summer Of Love (The Emperor Machine Mix)
  8. Glass Candy – Digital Versicolor
  9. David Axelrod – The Human Abstract Janko Nilovic –
  10. Pop Impressions Jimmy Edgar – Hot, Raw, Sex
  11. Johnny Halliday – Jesus Christ Trans Volta – Disco Computer Synthesize – Autumnw
  12. Nino Ferrer – Looking for You Alan Moorhouse – Expo in Tokyo