Les nouvelles technologies et la collecte grandissante de données transforment l’automobile et la mobilité de manière générale depuis maintenant plusieurs années. Et si le Peer2Peer était l’avenir de la mobilité ? Qu’il s’agisse d’acteurs traditionnels de l’automobile, de mastodontes américains ou chinois du secteur ICT, ou même d’usagers qui s’organisent en urgence sur les réseaux sociaux lors de défaillances du système ferroviaire, tous les feux sont au vert pour l’explosion des services de mobilité partagée et collaborative.

 

Mobilité et création de communautés

Avec ses 20 millions d’utilisateurs en 2015, BlaBlaCar est le leader incontestable du covoiturage dans le monde. Si la société qui a vu le jour en 2006 sous le nom de Covoiturage.fr a, depuis de nombreuses années, dépassé le statut de start-up, elle peut se tarer d’avoir démocratisé le covoiturage. Imité, mais pas (encore) égalé, BlaBlaCar ne mise pas sur la technologie, mais a réussi l’exploit de créer une communauté. Désormais un véritable acteur de la mobilité, BlaBlaCar était présent pour la première fois au Mondial de l’Automobile de Paris en septembre 2016 avec pour mission principale de sensibiliser les nombreux propriétaires d’une voiture aux vertus du covoiturage.

L’année précédente, la société française levait 200 millions d’euros pour nourrir ses ambitions de conquête du marché asiatique.

Le disrupteur par excellence, Uber a été créé en 2009 et est aujourd’hui présent dans plus de 70 pays dans le monde. «Uber veut contribuer à la nouvelle ère de la mobilité» soulignait Sylvain Andrieu, National Parternships Lead, de passage à Luxembourg en fin d’année dernière, dans le cadre de la première édition de la Mobility Night. Dans 200 villes aux quatre coins du monde, les chauffeurs ont déjà effectué plus de 2 milliards de trajets.

La société a un véritable agenda, au-delà d’offrir des services de mobilité à ses utilisateurs : la vision à long terme est d’éviter la congestion et de réduire la pollution dans les villes, des challenges auxquels de nombreuses mégapoles font face. «Aujourd’hui, on recense 1 milliard de véhicules dans le monde, 20% sont aux Etats-Unis. Les voitures ne sont utilisées que 4% du temps. L’idée est alors de limiter le nombre de voitures individuelles et donc de favoriser le transport partagé». La congestion coûte aujourd’hui 1% du PIB de l’Union Européenne, et représente 100 milliards d’Euros par an. Au Royaume-Uni, les automobilistes passent en moyenne 10h par semaine au volant de leur véhicule. A Paris, 30% du temps au volant est alloué à la recherche de place de stationnement. Et qu’en est-il du temps passé dans les bouchons par les frontaliers et les résidents luxembourgeois ? Si la perte de temps et de ressources financières est importante, les véhicules sont également responsables de 12% des émissions de CO2 au sein de l’Union Européenne.

 

Faire face ou embrasser les disrupteurs ?

Face aux innovations et nouveaux services créés par ces start-ups, bien souvent actives dans le secteur des TIC, les marques traditionnelles de l’automobile réagissent et prennent la balle au rebond. A l’image des banques et de la FinTech, plusieurs combinaisons sont possibles : développer ses solutions en interne, créer un incubateur de start-ups, ou directement s’associer avec ces «disrupteurs».

En 2015 déjà, une alliance surprenante entre trois constructeurs automobiles premium allemands, BMW, Mercedes-Benz et Audi, rachetait Here, le service de cartographie détenu jusqu’alors par l’équipementier télécoms finlandais Nokia : un pas clair vers de nouveaux services de mobilité. L’app HERE Maps a d’ailleurs depuis été renommée HERE WeGo et intègre désormais la disponibilité des taxis…et des voitures partagées de Car2Go. Ce concept d’autopartage a été développé par Daimler, et est disponible dans de nombreuses villes américaines, canadiennes, allemandes, mais également à Vienne, Madrid et Amsterdam, ou encore à Chongqing, en Chine.

Pour Emanuel Marques, directeur commercial du Groupe Rodenbourg, concessionnaire Peugeot à Luxembourg, «le développement de la technologie, en particulier la connectivité et la conduite autonome, aura un impact important sur l’usage de la voiture. Les solutions de mobilité passent par le développement du covoiturage ou du car sharing, ce qui amène le secteur automobile à définir de nouveaux business models». En septembre dernier, le groupe PSA lançait d’ailleurs «Free2Move», une marque de services pour répondre aux nouveaux besoins de mobilité, aux changements sociétaux significatifs qui s’opèrent et à l’émergence de nouveaux usages collaboratifs. Grégoire

Olivier, Directeur des services de mobilité du Groupe PSA, déclarait lors de ce lancement : «Pour le Groupe PSA, la mobilité consiste à produire et commercialiser d’excellentes voitures mais c’est aussi proposer une gamme complète de services de mobilité. Free2Move est au service de la liberté de mouvement de nos clients !».

Lors du CES de Las Vegas, qui avait cette année une allure de Motor Show, le constructeur nippon Honda a présenté sa volonté de créer un écosystème de mobilité collaborative ou coopérative. Honda a également annoncé des collaborations technologiques avec Visa, DreamWorks Animation et des start-ups innovantes au travers des programmes d’innovation ouverte du Honda Developer

Studio et de Honda Xcelerator depuis le Honda Silicon Valley Lab. «Nous avons pour objectif d’ouvrir une voie future de la technologie permettant d’aboutir à une expérience de la mobilité redéfinie» précisait alors Yoshiyuki Matsumoto, Président et PDG de Honda R&D Co., Ltd.

En février, Nissan a lancé dans plusieurs pays européens «Nissan Intelligent Get & Go MICRA», premier service de colocation automobile qui permet de profiter de la Nouvelle Nissan MICRA en partageant les frais d’utilisation avec des «carlocataires», soit les colocs d’une même voiture (membres d’un groupe de 2 à 5 personnes). Avec ce service, Nissan donne accès au plus grand nombre à un véhicule de qualité et neuf, pour un abonnement peu onéreux et valable une année. Via un agenda de réservation ou via la messagerie instantanée, et grâce à un système de matching exclusif, cette expérience 100% numérique permet de gérer son trajet de manière simple et intuitive.

 

La force de l’innovation collaborative

Le monde du leasing est également impacté par ces nouvelles demandes, et comme le rappelle Pierre-Yves Meert, Marketing & Innovation Manager au sein de la société ALD Automotive Luxembourg, les sociétés vont devoir changer les avantages qu’ils offrent aux employés, car mettre un maximum de véhicules sur la route ne fonctionne plus. La société de leasing propose ainsi de centraliser ses différents services de mobilité en lançant Freedom in Mobility. «Les utilisateurs connaissent leurs besoins en mobilité et on ne peut désormais plus avoir une approche standardisée. C’est ensemble que nous obtiendrons la solution finale : nous parlons d’innovation collaborative ! Il s’agit plus d’un changement de comportement qu’un changement technologique et il est temps que nous nous en rendions compte» concluait Pierre-Yves Meert.