C’est l’histoire d’une entreprise souvent qualifiée de « nouveau monstre à abattre » et qui vient avec un bouquet de fleurs. Depuis l’agent orange jusqu’au RoundUp, toujours autorisé au Luxembourg, les cadavres et les malversations s’accumulent : biopiraterie en Inde, vente de graines « terminator » (stériles), procès pour interdire aux paysans bio l’étiquetage, pas d’hormone de croissance artificielle, enfouissement secret de déchets hautement toxiques en Ecosse…. Un casier judiciaire long comme les milliers de rivières contaminées par le Lucifer américain des biotech. 

 

Au Luxembourg, en attendant, on tente bien sûr de s’organiser. Les supermarchés Cactus ont retiré le RoundUp de leur rayon depuis le début de l’année, et 250 personnes ont défilé le 23 avril, sous l’impulsion de Meng Landwirtschaft et Greenpeace Luxembourg notamment. Certains mouvements prennent de l’ampleur – par exemple Millions Against Monsanto Luxembourg – et plusieurs milliers de citoyens abondent en relais, en souhaitant que le gouvernement impose enfin sa voix et son leadership sur le sujet.  L’industriel n’en a cure et ses investisseurs (Fidelity, Blackrock, SSGA..) non plus. Le géant allemand Bayer envisage en ce moment un rachat de Monsanto à 62 milliards de dollars : le monstre de Saint Louis pourrait rapidement devenir européen, enrichissant encore ses investisseurs, l’action de la proie partant à la hausse naturellement. En clair, tout le monde y gagnera sauf vous, petit mammifère consommateur : vous risquez de prendre cher, pour rester dans la sphère financière. Mais soyez rassurés : pour faire passer la pilule toutefois, Monsanto viendra avec un bouquet. Explications.

 

Et maintenant les fleurs

 

On le devine aisément, la production de fleurs a un impact atroce sur l’environnement. 9000 tonnes métriques de CO2 uniquement pour les 100 millions de roses envoyées le jour de la Saint Valentin aux Etats-Unis. Un produit fragile, périssable, le plus souvent cultivé par des personnes sous-payées et exposées à de nombreux produits chimiques, et transporté… en avion. Car aujourd’hui, 90% des roses, orchidées et tulipes viennent de très loin : Amérique Centrale, Afrique et, depuis peu, l’Inde. Ce sont les régions du monde qui exportent le plus de fleurs coupées. Elles sont souvent cultivées sous serre, ce qui implique chauffage ou réfrigération (climatisation et donc émission de CO2) voire éclairage pour compenser le manque de lumière naturel (en Hollande par exemple). Bref, le coût de notre amour est lourd à porter pour la planète et il est grand temps qu’un sauveur – une entreprise créative passionnée par la nature par exemple – vienne à notre secours et à celui des fleurs.

 

Monsanto s’appuie sur ces données pour avancer les bénéfices d’un nouveau brevet, destiné à lutter contre la senescence des fleurs. Un spray les rendant plus résilientes, via une modification génétique temporaire. Leur programme nommé BioDirect fera donc entrer par ce biais la modification génétique dans les maisons, mais aussi les cimetières, car le monde funéraire surveille cette innovation de près, évidemment. A la clef, un marché de 20 milliards de dollars – cinq de plus que son chiffre d’affaires actuel à titre de comparaison.

 

Se cacher derrière des préoccupations environnementales est une stratégie classique. La « Charte du Groupe Monsanto » mentionne ainsi « L’intégrité est la base de tout ce que nous entreprenons. Elle inclut l’honnêteté, le savoir-vivre, la cohérence et le courage. Sur la base de ces valeurs, nous nous engageons au dialogue, à la transparence, au partage, aux bénéfices, au respect »… « Notre vision de l’agriculture durable : produire plus (augmenter les rendements pour répondre à la demande croissante) ; mieux préserver (réduire la superficie de sol et la quantité d’eau et d’énergie nécessaires à la culture de nos produits) ; améliorer la qualité de la vie ». Ce à quoi les internautes répondent généralement de manière synthétique : « LoL ».

 

Monsanto. Le fondateur avait nommé la société ainsi en 1901 en hommage à son épouse, Olga Mendez Monsanto. Un hommage sûrement accompagné de vraies fleurs, naturelles. Olga si tu nous écoutes, vient hanter les esprits malades des dirigeants actuels afin qu’ils ouvrent les yeux sur leurs crimes commis aujourd’hui avec ton nom en étendard. Et laisse un des plus beaux produits de la nature rester naturel.