Nous sommes entrés dans une ère collaborative qui repense non seulement la façon d’apprendre, mais ce qu’il devient utile ou non d’apprendre. Depuis le début de l’année 2016, les langues sont sur le grill. Nos enfants doivent-ils s’investir eux aussi des années durant dans l’apprentissage d’une ou plusieurs langues étrangères, alors même que d’ici 10 ans, nous disposerons tous d’outils de traduction simultanée ?
Nous sommes restés sur le fait qu’utiliser Google Translate comportait plus de risques que d’avantages, que l’Esperanto ne décollerait jamais, et que même la traduction humaine était imparfaite. Pour preuve, en février dernier, les propos de Dmitri Medvedev, parlant de risque de guerre permanente en cas d’intervention terrestre en Syrie avaient été traduits par risque de guerre mondiale, et affolés la planète.
«Zones de traduction», l’ouvrage de l’américaine Emily Apter, avait 10 ans plus tôt insisté sur les risques liés à la traduction dans la genèse de conflits armés. L’ambiguïté du terme Mokusatsu n’avait-elle pas provoqué les 250.000 morts d’Hiroshima ? Pour Camus, « mal nommer les choses, c’est participer au malheur du monde ».
Cinq années après le livre d’Apter, Siri est implanté sur iPhone. Cinq années de plus – 2016 – et le deep learning confronte l’humanité à ses limites : l’ordinateur est meilleur que nous aux échecs, au jeu de go. Il s’essaie à la créativité littéraire et à l’humour. Il déchiffre des panneaux, lit des cartes, nous conduit et nous informe que nous serons en retard à notre prochain rendez-vous.
Le temps s’accélère et le débat de l’apprentissage des langues revient sur la table. Rien qu’en mars 2016, les annonces se succèdent. Skype annonce en début de mois traduire l’arabe vers le français à la volée. Xerox vient d’introduire Google Translate à ses copieurs et imprimantes. Unbabel fête ses deux ans et combine l’intelligence artificielle à son armée de 42.000 traducteurs internationaux.
Nous en sommes là : intelligence artificielle et humaine combinées. Pour le moment nous sommes assistés soit, mais toujours priés d’apprendre un des 7.000 idiomes que compte la planète. Car l’humour, l’intonation, l’ironie, l’intelligence du moment, les émotions induites par le timbre ou le volume de la voix, tout cela nous rend paradoxalement impossible à copier, voire à comprendre. Mais cela nous rend aussi terriblement attachants lorsque nous nous exprimons dans une langue étrangère. Et en luxembourgeois encore davantage.
Qui apprend une nouvelle langue acquiert une nouvelle âme disait le poète Jimenez. Un supplément d’âme dont l’humanité a plus que jamais besoin.
Glossolalie
Fait de parler ou de prier à haute voix dans une langue étrangère et inconnue de la personne qui parle. De tels phénomènes ont été rapportés dans le christianisme, le chamanisme et le spiritisme.
Xénoglossie
Désigne la faculté de parler une langue étrangère sans l’avoir apprise (par exemple un médium).
