Cela fait bien longtemps qu’Hollywood est critiqué pour son manque d’originalité, surtout ces trente dernières années, avec la multiplication de blockbusters de qualité discutable qui mettent davantage à l’honneur les avancées technologiques des effets spéciaux que le talent des scénaristes ou des acteurs, avec pour résultat des films certes spectaculaires mais intellectuellement pauvres. Le paysage cinématographique du 21ème siècle est marqué par l’émergence du film de super-héros, devenu un genre à part entière dans le monde du blockbuster. La technologie permettant enfin de retranscrire à l’écran les images spectaculaires de bandes dessinées créées à la fin des années 30 (Batman et Superman) ou dans les années 60 (la plupart des héros Marvel), les studios hollywoodiens se sont précipités sur les différents héros pour les adapter avec plus ou moins de réussite. Certains ont su dépasser leur statut de blockbuster et de film de super-héros pour être considérés comme de bons, voire d’excellents films (The Dark Knight de Christopher Nolan fait figure d’exemple).

 

Avant d’être considérée comme une machine à brasser des dollars, Hollywood était l’usine à rêves et même s’il est vrai que l’on trouve des mauvais films parmi les blockbusters, on évitera de les mettre tous dans le même sac. Ce que l’on peut remarquer par contre, c’est que ces films de super-héros sont au départ des adaptations de personnages déjà existants. De nouvelles intrigues peuvent apporter une nouveauté mais, à la base, le personnage et sa mythologie sont servis sur un plateau avec leurs décennies d’aventures dans lesquelles les scénaristes peuvent puiser le meilleur pour satisfaire aussi bien les fans que les nouveaux spectateurs.

 

Ces réinterprétations d’œuvres existantes sont monnaie courante à Hollywood puisqu’on y a depuis toujours adapté des romans avec plus ou moins de succès. La difficulté de l’adaptation résulte dans le fait qu’il faut effectuer des changements (ce qui fonctionne dans le livre peut ne pas fonctionner dans un film) tout en restant fidèle à l’œuvre originale et ne pas aliéner les fans qui se sont appropriés l’œuvre en question depuis des années et prennent une mauvaise adaptation comme une insulte personnelle. Les adaptations existent donc depuis longtemps, permettant, notamment à Hollywood, de partir de produits finis qui ne nécessitent pas une idée originale et qui sont des valeurs sûres dont les titres se vendent tous seuls au public.

 

Une fois qu’on a une poule aux œufs d’or, il faut évidemment la faire pondre. C’est ainsi que sont nées les suites, les trilogies puis les sagas, aujourd’hui appelées « franchises », terme reflétant davantage l’aspect financier de ces films dont la qualité, c’est bien connu, diminue au fur et à mesure que leur nombre augmente. Ou pas. Le Parrain 2 est-il un meilleur film que Le Parrain ? Aliens est-il un meilleur film qu’Alien ? Quoi qu’il en soit, Hollywood a toujours su faire d’une idée un véritable business.

 

Au-delà des franchises, Hollywood a poussé le vice encore plus loin en réadaptant, non plus des romans, mais des films. Le « remake » fait partie du vocabulaire du cinéma à connotation aujourd’hui péjorative. Lorsque l’on parle du manque d’originalité, difficile de faire pire que de refaire un film qui existe déjà. D’ailleurs, on remarquera que certaines suites sont à peu de choses près de simples remakes du premier film, ce qui est surtout le cas pour les films d’horreur (Halloween, Saw) et les comédies, qui gardent tout simplement les mêmes structures, péripéties et gags des films originaux et qui se contentent de surfer sur ce qui avait déjà fonctionné (Maman, j’ai ENCORE raté l’avion, The Hangover 2). Les remakes à proprement parler existent également depuis longtemps et n’ont pas toujours été faits pour l’argent ou par manque d’originalité, certains réalisateurs souhaitant simplement donner leur propre version d’une histoire. Certains vont même jusqu’à faire le remake de leur propre film, comme Alfred Hitchcock, réalisant L’Homme qui en savait trop en 1934 et en 1956. Lors de ses conversations avec Truffaut, il expliquera que « la première version est le travail d’un amateur talentueux et que la seconde version a été faite par un professionnel ».

 

Mais que dire du remake de Psychose ? « Réalisé » par Gus Van Sant, il s’agit en fait du film d’Hitchcock, refait à l’identique, plan par plan ! Les remakes permettent également à Hollywood d’exploiter un film étranger à succès et de le formater pour le public américain. On y trouvera des réussites (True Lies), comme des échecs (le remake du Dîner de Cons). Les remakes les plus réussis sont davantage des adaptations trouvant un écho dans la culture américaine comme Les Infiltrés de Scorcese (remake du film d’Hong Kong Infernal Affairs) ou encore Les 7 Mercenaires de Sturges (Les 7 Samouraïs de Kurosawa). Ce dernier a même droit cette année au remake américain du remake américain qui, malgré un casting 5 étoiles, n’aura pas su attirer le public, tout comme la nouvelle version de Ben-Hur, véritable échec commercial.

 

La nouvelle tendance à Hollywood se situe entre le remake et ce que l’on appelle le « reboot » (littéralement une réinitialisation, un redémarrage), qui permet de relancer une série de films depuis le début : on efface tout pour redémarrer une franchise comme si les films précédents n’avaient jamais existé, un moyen facile pour les studios de réutiliser une franchise ad vitam aeternam. On aura donc eu droit, par exemple, à pas moins de trois interprétations de Spider-Man en moins de 10 ans.

 

Ces dernières années, Hollywood joue avec la nostalgie des spectateurs et relance donc des franchises classiques telles que Star Wars ou Jurassic Park mais avec prudence. Ainsi, Star Wars Le Réveil de la Force et Jurassic World (tous deux sortis en 2015) sont à la fois les suites directes des films précédents, mais contiennent tellement d’hommages ou de clins d’œil à leurs prédécesseurs, voire même des intrigues similaires, qu’ils se rapprochent du remake.

 

On ajoute à cela le fait qu’ils servent à relancer la franchise pour les nouvelles générations, et on pourrait aussi les qualifier de reboot ! Si les films ne sont pas des plus originaux, cela ne les empêchent pas d’exploser les records du boxoffice mondial, justifiant ainsi leur existence et encourageant Hollywood à continuer de puiser dans notre passé pour nous le resservir dans un emballage un peu plus moderne. Et tant que le goût de ces madeleines de Proust cinématographiques reste le même, ce n’est pas les spectateurs qui vont s’en plaindre, bien qu’on apprécierait également de nouvelles saveurs.