Historiquement installée à Luxembourg dans le quartier de la gare depuis 2008, la galerie Zidoun-Bossuyt a creusé un sillon original dans le paysage artistique luxembourgeois en faisant découvrir au grand public des plasticiens afro- américains remarquables. Cependant, depuis son déplacement en avril 2015 dans une prestigieuse demeure séculaire de la rue St-Ulric au Grund, la galerie connaît une nouvelle dynamique.

Son superbe espace conçu par l’architecte Stefano Moreno offre de nouvelles possibilités et surtout, Nordine Zidoun et Audrey Bossuyt ont choisi de faire la place belle aux artistes luxembourgeois. La prestigieuse exposition consacrée à Martine Feipel et à Jean Bechameil en est un exemple éloquent.

Ainsi, pour sa première participation à Luxembourg Art Week, la galerie met entre autres à l’honneur des œuvres d’une figure historique de l’art local, Wil Lofy. Enfant des Terres-Rouges, né le 31 janvier 1937 à Esch-sur-Alzette, Lofy va, dès 1959, laisser libre cours à sa passion pour l’art et partir se former à Florence, Sesto Fiorentino puis à l’Académie des Beaux-Arts de Paris. Rapidement, il affirme son tempérament hors-norme et son talent pour le dessin, la peinture et la sculpture. Un brin libertaire, faisant fi des écoles et des tendances de tout poil, Lofy est un plasticien qui va marquer l’art et le paysage luxembourgeois au propre comme au figuré.

En effet, bon nombre de ses œuvres gouailleuses et pittoresques vont s’égailler au fil des années dans l’espace public. Nous lui devons la fameuse fontaine Hämmelsmarsch, laquelle, du haut de ses 2,80 m, marque l’emplacement du séculaire puits rouge à Luxembourg. A Mondorf, c’est sa sémillante Maus Kitty réalisée en hommage au poète August Liesch qui, depuis 1986, ravit les passants.

A Grevenmacher, l’émouvant Violoniste et Chanteur de rue aveugle déambule depuis 1991 alors que sur l’esplanade de Remich, un truculent Bacchus chevauchant son tonneau (1999) nous rappelle la suavité des vins de Moselle. Citons encore sans être exhaustifs, La laitière d’Ettelbruck ou bien encore à Mamer, le monument à la mémoire Josy Barthel et Nicolas Frantz, les deux illustres sportifs luxembourgeois.

La galerie Zidoun-Bossuyt nous offre la possibilité de découvrir une œuvre originale de Wil Lofy ainsi que deux tirages en plâtre acrylique. Nous pouvons de ce fait appréhender l’amplitude de l’univers de l’artiste qui s’exprime aussi bien dans la pierre, le bois que dans l’os de baleine, un matériau inédit qui lui permet de faire entrer en symbiose son imaginaire effervescent et l’influence des arts premiers qu’il affectionne tant.

Il faut dire que Lofy, l’artiste bourlingueur, le voyageur au long cours avide d’embruns et de Terra Incognita ne peut se satisfaire ni de matériau traditionnel, ni de thématique classique. Dans son art, l’exotique, le décalé et même l’anticonformisme règnent en maître. De plus, ce grand marin, un peu flibustier, éprouve pour l’élément aquatique et les sujets pisciformes un vif intérêt. Ainsi, sirènes telles notre Mélusine, sélaciens peu accorts ou poissons aux allures antédiluviennes sont des modèles de prédilection qui prennent forme en dessin ou en sculpture.

Le bois flotté, des éléments rapportés, des petits trésors collectés ça et là sur les rivages chiliens qu’il a fait siens, donnent corps à des bestioles marines aussi effrayantes qu’ogresses. Sur un os caudal de baleine s’épanouissant en éventail, l’artiste nous représente une scène cynégétique Inuit aux accents melvilliens. Là encore, Wil Lofy tourne son regard vers les expressions originelles et authentiques de l’art et aime à mêler dans son travail des références à l’art amérindien, Inuit et pré- colombien au panthéon hindouiste. Une symbiose jubilatoire qui donne naissance à un foisonnant bestiaire et à des œuvres pittoresques, hybrides et pleines de verve, à l’instar de son auteur.